Si le Dialogue numérique Maroc-UE, lancé le 8 avril, «marque un moment important dans la coopération de longue date entre l’UE et le Maroc», la présence et les mots de la vice-présidente exécutive de la Commission européenne chargée de la Souveraineté technologique, de la Sécurité et de la Démocratie, Henna Virkkunen, révèlent la portée politique de l’accord signé à Marrakech: l’intelligence artificielle devient un terrain structurant de la relation euro-marocaine.
Les annonces faites au Gitex, notamment la coopération entre les AI Factories européennes et l’écosystème marocain d’innovation en IA, l’engagement de quatre grands centres européens de supercalcul avec l’Université Mohammed VI Polytechnique, donnent corps à cette ambition partagée. Surtout, cet accord-cadre signe une convergence, non seulement d’intérêts, mais aussi de méthode et plus encore, de vision.
Face aux empires de la Tech, le Maroc a choisi une troisième voie, fondée sur une IA de confiance et «for good», au service du développement du Royaume, avec un ancrage territorial et la structuration d’une filière complète de «talents IA». Ce qui implique aussi de trouver les bons partenaires, partageant les mêmes valeurs en matière de gouvernance de l’intelligence artificielle, d’inclusion et de responsabilité.
C’est précisément ce positionnement qui séduit Bruxelles. Aligné sur les priorités européennes en matière de régulation, et structuré autour d’acteurs de référence comme l’UM6P, le Maroc apparaît comme un partenaire crédible, stable, et lisible. Et réciproquement, l’UE séduit le Maroc. «Avec l’Union européenne, nous pourrons espérer des financements». Mais la ministre de la Transition numérique insiste surtout sur «une dimension qui est très importante avec l’Europe; le partage de bonnes pratiques sur tout ce qui est gouvernance de l’intelligence artificielle et de la donnée de traitement de données en général».
«En amont, le partenariat conclu en septembre 2025 entre le ministère marocain de la Transition numérique et Mistral AI avait déjà donné un contenu concret à cette coopération.»
— Florence Kuntz
Dans cette architecture, la France joue un rôle particulier. Non seulement comme allié politique du Maroc au sein de l’Union européenne, mais aussi comme un partenaire concret de premier rang dans le domaine du numérique et des nouvelles technologies: coopération académique, partenariats de recherche, projets industriels, circulation des talents entre les deux pays. Surtout parce qu’un partenariat d’exception Maroc-France dans le domaine de l’intelligence artificielle est appelé à irriguer des secteurs stratégiques de la coopération bilatérale.
La venue au Gitex Africa de la ministre française de l’IA et du numérique avait précisément ce sens: mettre en lumière le dynamisme de l’écosystème technologique français au Maroc et la densité des partenariats franco-marocains dans le numérique et l’IA. La ministre a aussi mis en avant des projets structurants, notamment un centre commun de recherche et développement en IA et un centre d’excellence dédié à la donnée et à l’IA.
En amont, le partenariat conclu en septembre 2025 entre le ministère marocain de la Transition numérique et Mistral AI avait déjà donné un contenu concret à cette coopération: formation, recherche appliquée, partage de savoir-faire, soutien aux start-up et promotion d’une IA éthique et inclusive.
Et pour incarner l’interface numérique entre les deux rives, il faut aussi des visages. Celui d’Amal El Fallah-Seghrouchni se distingue. Formée aux universités françaises et professeure à Sorbonne Université, cette chercheuse a acquis une légitimité rare, aussi bien dans les cénacles académiques que dans les enceintes internationales dédiées à l’éthique de l’IA. Au cœur de la stratégie marocaine– du Dôme «AI Movement» de l’UM6P au gouvernement, où elle impulse depuis 2024 le plan «Maroc Digital 2030», elle multiplie les initiatives: Assises nationales de l’IA, initiative «IA Made in Morocco», projet de loi-cadre «Digital X.0» visant à encadrer les usages du numérique et à intégrer les exigences éthiques liées à l’IA, réseau national d’instituts d’excellence «Jazari Root», partenariat avec Mistral AI.
Profil singulier, elle fait dialoguer les langages scientifiques, politiques, et culturels entre le Maroc et l’Europe. La ministre donne chair à l’intelligence artificielle et à la «troisième voie» marocaine; elle inscrit, en cohérence avec son parcours et sa personnalité, l’IA du Royaume dans une stratégie de souveraineté assumée, ouverte sur l’Afrique et l’espace euro-méditerranéen. À ce titre, Amal El Fallah-Seghrouchni s’impose comme un passeur cardinal entre Rabat, Paris et Bruxelles.




