Flambée des prix du gaz sur fond de tensions au Proche-Orient: quel impact sur le Maroc?

Cette photo montre les installations de QatarEnergy dans la ville industrielle de Ras Laffan, le 2 mars 2026, jour où le Qatar a annoncé la suspension de sa production de gaz naturel liquéfié.. AFP or licensors

Les marchés énergétiques internationaux ont été secoués lundi 2 mars par l’annonce de QatarEnergy de l’arrêt de sa production de gaz naturel liquéfié (GNL) à la suite d’une attaque de drones iraniens. Cette décision a entraîné une flambée immédiate des prix du gaz et soulève des interrogations sur ses répercussions pour les pays importateurs, dont le Maroc.

Le 03/03/2026 à 13h20

Lundi 2 mars vers la mi-journée, le contrat à terme du TTF néerlandais, référence du marché européen du gaz, bondissait de plus de 39% pour atteindre 44,605 euros, après un pic à 46,200 euros, son plus haut niveau depuis mars 2025. Cette hausse spectaculaire reste toutefois, à ce stade, conjoncturelle et limitée à la séance de lundi, l’évolution des prix dépendant désormais de la durée de l’interruption de la production qatarie.

L’incident intervient dans un climat régional déjà fragile. L’été dernier, une brève confrontation militaire de douze jours impliquant Israël, les États-Unis et l’Iran avait déjà ravivé les inquiétudes autour du détroit d’Hormuz, passage stratégique pour les flux énergétiques mondiaux. Toute perturbation durable dans cette zone pourrait accentuer la volatilité des marchés du gaz.

Pour l’heure, la durée de la suspension de production au Qatar reste inconnue, ce qui alimente l’incertitude des opérateurs énergétiques.

Contrairement à certains pays européens, le Maroc n’importe pas de GNL qatari. Le Royaume couvre ses besoins gaziers à travers d’autres sources d’approvisionnement, ce qui devrait le protéger, dans l’immédiat, d’un choc direct sur ses volumes d’importation.

La consommation nationale s’élève à environ un milliard de mètres cubes de gaz par an, utilisé principalement pour la production d’électricité, le gaz représentant moins de 10% du mix électrique national.

Assuré par l’Office national de l’électricité et de l’eau potable (ONEE), l’approvisionnement du Maroc en gaz naturel repose sur deux principaux mécanismes. D’une part, des contrats de long terme, correspondant à environ quatre cargaisons annuelles, conclus notamment avec le groupe Shell, dont une partie des prix est indexée selon des formules contractuelles moins sensibles aux fluctuations quotidiennes du marché.

D’autre part, le Maroc recourt au marché spot via l’Espagne. Le gaz naturel liquéfié acheté sur le marché international est regazéifié dans des terminaux espagnols avant d’être acheminé vers le Royaume par le gazoduc Maghreb-Europe. Les cargaisons proviennent essentiellement des États-Unis, du Pérou et d’autres producteurs internationaux avant d’atteindre les stations de Aïn Bni Mathar (Oriental) et Tahaddart (près de Tanger).

Si la flambée actuelle ne menace pas l’approvisionnement immédiat du pays, ses effets pourraient se faire sentir sur la facture énergétique nationale en cas de crise prolongée. Une hausse durable des prix internationaux du gaz se répercuterait progressivement sur les achats réalisés sur le marché spot et, à terme, sur le coût global de la composante gazière du système énergétique marocain.

L’enjeu dépend donc essentiellement de la durée des tensions géopolitiques et du retour rapide de la production qatarie sur le marché mondial.

Effet domino sur l’ammoniac importé par OCP

Le Qatar figure parmi les tout premiers producteurs mondiaux de gaz naturel liquéfié (GNL), aux côtés des États-Unis, de l’Australie et de la Russie. L’émirat partage avec l’Iran le plus vaste gisement de gaz naturel de la planète. Selon QatarEnergy, la portion située dans ses eaux territoriales, connue sous le nom de North Field, représenterait à elle seule près de 10% des réserves mondiales prouvées de gaz naturel.

Au cours des dernières années, Doha a conclu une série de contrats de fourniture de GNL à long terme, notamment avec le groupe français TotalEnergies, le néerlandais britannique Shell, l’indien Petronet LNG, le chinois Sinopec ou encore l’italien Eni, consolidant ainsi sa position stratégique sur le marché mondial du gaz.

Au-delà du gaz naturel, toute tension prolongée sur ce marché peut se répercuter sur l’ensemble des matières énergétiques. «Le gaz est une matière première essentielle pour des produits dérivés comme l’ammoniac, utilisé notamment par le groupe OCP dans la production d’engrais», souligne cet expert en énergie. Plus largement, poursuit-il, lorsqu’un marché énergétique est sous stress, les autres sources - pétrole, charbon ou encore produits raffinés - subissent souvent des mouvements haussiers par effet de substitution ou par contagion spéculative. Autrement dit, une crise gazière qui s’installe pourrait, à terme, exercer une pression plus large sur l’ensemble de la facture énergétique du pays.

Par Wadie El Mouden
Le 03/03/2026 à 13h20