Le système bancaire marocain dispose d’une capacité de financement mobilisable estimée entre 400 et 450 milliards de dirhams, alors que les crédits effectivement accordés aux TPME avoisinent 150 à 160 milliards de dirhams, selon le wali de Bank Al-Maghrib, Abdellatif Jouahri.
Ce dernier a tenu à clarifier la position de la banque centrale dans un contexte où l’accès au financement des très petites et petites entreprises reste au cœur du débat économique national. Contrairement à certaines analyses évoquant un possible effet d’éviction du crédit bancaire, Abdellatif Jouahri estime que le système financier marocain conserve des marges de financement significatives.
«Nous ne pensons pas qu’il y ait un effet d’éviction en ce qui concerne les TPE vis-à-vis du crédit bancaire. Au contraire, il faut rendre davantage bancables les projets des TPE pour qu’ils puissent accéder au financement», a déclaré le gouverneur de la banque centrale.
Le diagnostic présenté par Bank Al-Maghrib repose sur une évaluation de la capacité de mobilisation du système bancaire national. Selon Jouahri, les lignes de financement mobilisables auprès des banques marocaines sont consistantes alors que les crédits effectivement mobilisés pour les TPME se situent actuellement autour de 150 à 160 milliards de dirhams.
Autrement dit, la contrainte ne serait pas liée à une saturation du bilan des banques, mais plutôt à la qualité économique des projets soumis au financement et à leur capacité à répondre aux critères de risque du secteur bancaire.
Dans l’analyse de Bank Al-Maghrib, la question centrale se déplace ainsi du volume de liquidité vers la structuration des projets entrepreneuriaux. Pour le wali, l’enjeu consiste désormais à renforcer l’accompagnement des très petites entreprises afin d’améliorer la solidité financière de leurs dossiers.
Cette orientation s’inscrit dans le prolongement de la Charte relative au financement et à l’accompagnement des TPE, signée en décembre 2025 par les acteurs de l’écosystème financier marocain.
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Dans ce cadre, Bank Al-Maghrib travaille avec plusieurs institutions publiques et financières pour améliorer les mécanismes d’accès au crédit. Une réunion consacrée à la mise en œuvre opérationnelle de cette charte doit d’ailleurs se tenir prochainement sous la coordination de Maroc PME, l’agence nationale chargée du soutien aux petites et moyennes entreprises.
La stratégie repose sur une approche plus intégrée associant banques, institutions publiques et structures d’accompagnement afin de réduire les asymétries d’information qui pénalisent souvent les très petites entreprises.
Un nouvel outil de scoring pour accélérer l’accès au crédit
Parmi les instruments mobilisés figure la mise en place d’une solution de scoring dédiée aux très petites entreprises, actuellement finalisée par Bank Al-Maghrib. Ce dispositif vise à accélérer l’examen des demandes de financement et à améliorer l’évaluation du risque pour les établissements bancaires.
L’objectif est double pour la Banque centrale. D’une part, réduire les délais de traitement des dossiers de crédit et, d’autre part, permettre aux banques de mieux apprécier la solvabilité d’entreprises dont les états financiers sont souvent limités ou incomplets.
Comme l’économie marocaine est surtout composée de toutes petites entreprises, le manque de documents comptables précis empêche souvent l’accès au financement. Ainsi, la mise en place d’outils de scoring plus adaptés pourrait ainsi contribuer à fluidifier la relation entre banques et entrepreneurs, tout en limitant les risques pour les établissements prêteurs.
La politique de financement des TPME repose également sur les instruments publics de partage du risque. À cet égard, Jouahri a rappelé le rôle de Tamwilcom, l’institution publique chargée de la garantie des crédits aux entreprises.
Dans certains dispositifs, les mécanismes de garantie peuvent couvrir jusqu’à 75% du financement, voire 80% lorsque les projets sont portés par des femmes entrepreneures. Ces instruments permettent de réduire l’exposition des banques au risque de défaut et de faciliter l’octroi de crédits à des entreprises dont la structure financière reste fragile.
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Ce mécanisme financier constitue l’un des piliers de la stratégie nationale d’inclusion financière, portée conjointement par Bank Al-Maghrib, le ministère de l’Économie et des finances et les institutions publiques de financement.
Au-delà du seul accès au crédit, la question du financement des TPME revêt une dimension macroéconomique. Selon les données du Haut-commissariat au plan, les petites et moyennes entreprises représentent l’essentiel du tissu productif national et jouent un rôle déterminant dans la création d’emplois.
Ainsi, l’amélioration de leur accès au financement apparaît comme un levier central pour renforcer la dynamique d’investissement privé et soutenir la croissance.
La position exprimée par Bank Al-Maghrib traduit ainsi une lecture structurelle de la problématique des TPE et le défi ne réside pas uniquement dans la mobilisation de ressources financières ce que gardent en tête plusieurs observateurs voire acteurs, mais dans la capacité à structurer un écosystème entrepreneurial plus solide et plus transparent.








