Le secteur de l’artisanat à Fès traverse actuellement une période de difficultés marquée par la hausse importante des coûts des matières premières. «L’Association marocaine du rayonnement des cuivres, présidée par Redouane Laaroussi, tire la sonnette d’alarme auprès des pouvoirs publics et de l’opinion nationale sur la situation préoccupante des dinandiers, ces artisans spécialisés dans le travail du cuivre», rapporte le quotidien Les Inspirations Eco du 17 février.
Selon l’organisation, la filière est confrontée à une structure de prix jugée déconnectée des réalités des marchés internationaux et à des dysfonctionnements internes qui menacent la préservation d’un savoir-faire historique. Un communiqué récent de l’association met en évidence plusieurs facteurs techniques et structurels expliquant le ralentissement de l’activité.
La première inquiétude des professionnels concerne la flambée des prix du métal. Le cuivre jaune, ou laiton, se vend désormais autour de 170 dirhams le kilogramme, tandis que le cuivre rouge dépasse la barre des 200 dirhams. L’association dénonce une augmentation qu’elle qualifie d’injustifiée, imputant cette situation à des pratiques de stockage et à un monopole exercé par certains grands commerçants. Ces derniers appliqueraient des hausses sur des stocks constitués antérieurement, sans lien direct avec les fluctuations relativement faibles observées sur les marchés mondiaux.
Pour les petits artisans, cette situation est particulièrement problématique, car elle les empêche d’acheter les matières premières nécessaires au maintien de leur production quotidienne. «L’organisation plaide pour une intervention de l’État afin de plafonner les prix et de subventionner le cuivre destiné aux artisans locaux», souligne Les Inspirations Eco.
Cette augmentation des coûts impacte également la compétitivité des produits artisanaux marocains sur le marché national. Les artisans constatent une forte présence d’articles importés, notamment en provenance de Chine, de Turquie et d’Inde, souvent vendus à des prix bien inférieurs à ceux des créations locales. Le contraste est aggravé par le paradoxe industriel selon lequel le Maroc exporte ses déchets de cuivre à bas prix tout en réimportant le produit fini ou la matière première à un coût élevé.
Les professionnels dénoncent également une politique douanière jugée pénalisante, avec des taxes de 35% sur les matières premières importées et sur les produits finis exportés. Cette double imposition affecterait la compétitivité des artisans marocains sur les marchés internationaux, renforçant la nécessité d’une protection accrue du marché local et d’une révision des règles fiscales.
Le manque d’infrastructures de transformation constitue un autre obstacle majeur pour la filière. Fès ne dispose plus aujourd’hui d’ateliers de traitement des métaux, alors que la ville comptait autrefois plus d’une centaine d’unités. L’absence d’une usine nationale de recyclage oblige les artisans à dépendre soit des importations, soit des circuits commerciaux locaux, ce qui alourdit les coûts et limite la production.
Pour y remédier, l’association demande la création d’une usine nationale de recyclage du cuivre, capable de valoriser les déchets métalliques et de réduire la dépendance aux importations. Les questions logistiques et immobilières sont également au centre des préoccupations. Les artisans appellent au transfert accéléré des activités de production vers la zone d’activités d’Aïn Nokbi, estimant que le maintien des ateliers dans la médina est incompatible avec les normes modernes et les exigences de sécurité. Ils demandent aux autorités locales de remettre rapidement les locaux aux bénéficiaires inscrits sur les listes officielles afin de garantir des conditions de travail adaptées aux standards professionnels.
«Enfin, la préservation de l’identité des produits artisanaux face à la mécanisation constitue un enjeu crucial. L’usage croissant de technologies comme le laser pour le dessin Zwaq menace les techniques manuelles traditionnelles telles que le Tkhram», note le quotidien. Un dossier de création d’un label de qualité, destiné à certifier l’origine et le mode de fabrication des pièces décoratives, a été finalisé, mais l’administration impose des délais supplémentaires pour fusionner ce label avec celui destiné aux fabricants d’ustensiles de cuisine. Les dinandiers considèrent cette assimilation comme une menace pour le développement de leur secteur. Face à ces blocages, l’association annonce son intention d’organiser un sit-in dans un délai de deux mois si aucune mesure concrète n’est prise par la tutelle, la Chambre de l’artisanat et les autorités régionales.








