Face aux perturbations du transport maritime au niveau du détroit d’Ormuz dans un contexte de tensions avec l’Iran, les États-Unis se tournent vers des sources alternatives d’approvisionnement en engrais, notamment le Maroc. Mardi, le conseiller économique de la Maison Blanche, Kevin Hassett, a détaillé cette stratégie dans une interview accordée à la chaîne CNBC, soulignant les efforts engagés par Washington pour sécuriser ses chaînes d’approvisionnement agricoles.
«Nous avons mis en place des accords avec le Venezuela pour qu’il puisse produire davantage d’engrais, et nous avons également eu des discussions avec le Maroc, qui possède les plus grandes réserves de potasse au monde. Nous avons donc abordé tous les aspects du problème des engrais», a déclaré Hasset. Il a présenté ces initiatives comme une réponse préventive aux risques actuels, les qualifiant de «police d’assurance contre les perturbations» pour les agriculteurs américains. «Je ne dis pas que nous pouvons éliminer les perturbations qui existent actuellement, mais nous pouvons certainement les réduire au minimum, et cette solution serait accessible à nous, aux agriculteurs, ou disponible partout dans le monde», a-t-il ajouté.
Ces déclarations interviennent dans un contexte tendu. Depuis la fin du mois de février 2026, l’escalade militaire impliquant les États-Unis, Israël et l’Iran a installé un climat d’insécurité au Moyen-Orient, avec des répercussions directes sur les flux de navigation. L’annonce par l’Iran de la fermeture du détroit d’Ormuz aux navires de pays ennemis accentue les inquiétudes. Ce passage stratégique est essentiel pour le commerce mondial des engrais et, plus largement, pour la sécurité alimentaire. Selon une étude publiée le 10 mars par la CNUCED, environ un tiers du transport maritime mondial de fertilisants, soit près de 16 millions de tonnes, transite par ce détroit. Ce volume comprend notamment 67% d’urée, 20% de phosphate diammonique (DAP) et 9% de dihydrogénophosphate d’ammonium.
Washington cherche à réduire sa dépendance aux approvisionnements en provenance du Moyen-Orient. En 2024, les États-Unis ont importé pour près de 9,3 milliards de dollars d’engrais, dont environ 22%, soit 2 milliards de dollars, provenaient de cette région. Le Maroc apparaît ainsi comme une alternative stratégique dans cette démarche de diversification. Déjà fournisseur du marché américain, le Royaume ne représente toutefois qu’une part modeste des importations.
En 2024, le pays a généré près de 6,68 milliards de dollars de recettes grâce à ses exportations d’engrais, composées à 78,8% d’engrais composés et à 21% d’engrais phosphatés, le reste provenant des engrais azotés et potassiques. Dans un marché mondial sous tension, cette capacité de production confère au pays une opportunité de consolider son rôle de fournisseur clé face aux incertitudes géopolitiques.








