Avec un score de 60,95 sur 100 à l’indice «Women, Business and the Law 2026» de la Banque mondiale, le Maroc se positionne au-dessus de la moyenne régionale MENA, sans toutefois atteindre les standards mondiaux. Si le cadre juridique en faveur de l’égalité économique affiche des avancées notables, les écarts d’application, le déficit en services de garde d’enfants et la persistance d’inégalités patrimoniales continuent de freiner l’intégration des femmes au marché du travail. Cet article est une revue de presse tirée du quotidien L’Economiste.
Le Maroc obtient un score de 60,95 sur 100 à l’indice des cadres juridiques du rapport «Women, Business and the Law 2026 : Benchmarking Laws for Jobs and Inclusive Growth» publié par la Banque mondiale. Ce résultat, rapporte le quotidien L’Economiste dans son édition du vendredi 27 février, place le Royaume nettement au-dessus de la moyenne de la région Moyen-Orient et Afrique du Nord, établie à 43,2, tout en demeurant en dessous de la moyenne mondiale, qui atteint 67 points. Cette performance traduit des avancées juridiques significatives en matière d’égalité économique entre les femmes et les hommes, mais elle révèle aussi l’ampleur des efforts encore nécessaires pour hisser le pays au niveau des standards internationaux les plus élevés.
«Le rapport évalue également les dispositifs d’accompagnement et la perception de l’application effective des lois», souligne L’Economiste. Sur ces deux piliers, le Maroc enregistre respectivement 49,38 et 52,34 points, des scores supérieurs aux moyennes régionales, bien qu’encore légèrement en deçà des références mondiales. Ces résultats soulignent un paradoxe persistant: un arsenal juridique relativement avancé coexiste avec un taux de participation des femmes au marché du travail limité à 21,2%. Autrement dit, le potentiel économique féminin demeure largement sous-exploité, ce qui freine les perspectives de croissance inclusive.
Plusieurs domaines illustrent néanmoins des progrès notables. En matière de mobilité, le Maroc affiche des scores élevés, traduisant une liberté de circulation largement reconnue et protégée. Les dispositions relatives à la parentalité constituent également un point fort. Le congé de maternité, financé par l’État, ainsi que l’interdiction de licencier une salariée en raison de sa grossesse, témoignent d’une volonté de sécuriser le parcours professionnel des femmes. Dans le domaine matrimonial, le pays obtient un score maximal pour les cadres de soutien grâce à l’existence de tribunaux de la famille spécialisés, de mécanismes d’aide juridictionnelle et de procédures accélérées pour les litiges familiaux.
Même si des restrictions et inégalités persistent dans le droit matériel, ces dispositifs institutionnels renforcent l’accès à la justice et la mise en œuvre des droits liés au mariage et au divorce. Par ailleurs, le Maroc fait partie des rares pays de la région à disposer d’une législation incriminant explicitement le féminicide, ce qui constitue une avancée symbolique et juridique majeure dans la lutte contre les violences faites aux femmes, écrit L’Economiste.
Malgré ces acquis, des insuffisances importantes subsistent. Le domaine de la garde d’enfants constitue la lacune la plus préoccupante, avec un score nul pour les cadres de soutien. L’absence de procédures claires permettant aux familles de solliciter un appui financier et le manque de rapports publics sur la qualité des services illustrent un déficit structurel. Cette carence limite la capacité des mères à concilier vie professionnelle et responsabilités familiales. Les inégalités successorales persistent également, notamment entre fils et filles ou entre conjoints survivants, ce qui pèse sur l’autonomie économique des femmes.
En matière salariale, si le cadre légal est relativement satisfaisant, l’absence de mécanismes de transparence et de politiques de sécurité au travail sensibles au genre affaiblit l’impact concret des dispositions existantes. Enfin, la perception de l’application des lois relatives à la sécurité reste faible, traduisant un décalage entre les textes et leur mise en œuvre effective.
Comparé à ses voisins, le Maroc se positionne parmi les meilleurs élèves de la région MENA, devançant notamment l’Égypte, la Jordanie, l’Arabie saoudite et l’Algérie. À l’échelle mondiale, il appartient toutefois au groupe intermédiaire, loin derrière des pays comme l’Espagne, la France ou le Canada. L’écart avec la moyenne mondiale laisse entrevoir un potentiel d’amélioration considérable, notamment en matière d’égalité successorale, de transparence salariale et de régulation des services de garde.
Le rapport rappelle qu’à l’échelle mondiale, l’adoption de lois favorables à l’égalité économique obtient une note moyenne de 67 sur 100, mais que leur application effective et la mise en place des systèmes nécessaires accusent un retard significatif. Entre octobre 2023 et octobre 2025, le Maroc n’a engagé aucune réforme dans les domaines évalués, alors que de nombreux pays ont progressé.
Pour transformer les droits formels en opportunités réelles, il sera indispensable d’investir dans les institutions, de renforcer les mécanismes de contrôle, d’améliorer l’accès aux services de garde et de consolider la protection contre les violences. La réduction de l’écart entre la loi et la pratique représente un levier stratégique pour stimuler la participation féminine au marché du travail et soutenir une croissance véritablement inclusive.








