Économie du sport: une filière en émergence portée par les investissements du Mondial 2030

Stades, autoroutes, gares TGV… des infrastructures modernes mises au service des délégations et des supporters lors de la CAN.

L’économie du sport tend à s’imposer comme une filière structurante au Maroc, soutenue par les investissements induits par la Coupe du monde 2030. L’augmentation des échanges avec le Royaume-Uni, estimés à 58,3 milliards de dirhams sur un an, témoigne d’un repositionnement vers des projets sportifs et d’infrastructures. Une montée en puissance progressive, appelée à jouer un rôle clé dans la structuration de l’économie nationale.

Le 31/03/2026 à 10h08

La trajectoire récente des relations économiques entre Rabat et Londres traduit un changement de paradigme des échanges bilatéraux entre les deux pays qui ont atteint 4,8 milliards de livres sterling (environ 58,3 milliards de dirhams) sur les douze mois précédant septembre 2025, en progression de 0,9 milliard de livres sur un an. Cette hausse, confirmée par un rapport de la Chambre des communes britannique, intervient dans le prolongement du dialogue stratégique engagé en juin 2025.

À travers un cadre institutionnel qui redéfinit les priorités sectorielles, les autorités britanniques mettent explicitement en avant les infrastructures, les marchés publics et l’agriculture, tout en intégrant un axe désormais central, celui des investissements liés à la Coupe du monde 2030 coorganisée par le Maroc. Le Mondial 2023 agit ainsi comme un point de convergence entre diplomatie économique et stratégie industrielle.

Une telle orientation confirme un déplacement du centre de gravité des échanges vers des projets à forte intensité capitalistique. Les infrastructures sportives, de transport et d’accueil deviennent des supports concrets de coopération, avec un effet d’entraînement attendu sur plusieurs segments économiques.

La montée en puissance de ces investissements intervient alors que le Maroc amorce une mutation structurelle de son modèle sportif.

Selon Mehdi Sekkouri Alaoui, président de la Fédération marocaine des professionnels du sport, «le Royaume entre dans une phase de transition vers une véritable filière économique, marquée par l’essor des infrastructures, la diffusion du fitness et l’arrivée d’acteurs internationaux.» Cette dynamique reste toutefois incomplète, en raison d’un manque de structuration et d’outils de mesure consolidés.

L’absence de statistiques officielles précises sur le poids économique du sport illustre ce stade intermédiaire. Les ordres de grandeur évoqués par les professionnels situent le secteur autour de 1% du PIB pour le segment privé et au-delà de 2% en intégrant l’ensemble de l’écosystème. Ces niveaux demeurent modestes au regard des économies où le sport constitue une industrie pleinement constituée, mais ils signalent un potentiel de montée en charge.

Mondial 2030, accélérateur d’investissements multisectoriels

L’attribution de la Coupe du monde 2030 constitue un puissant levier d’accélération, les projets associés dépassant le seul cadre des infrastructures sportives pour intégrer les réseaux de transport, l’hôtellerie, les services urbains et les équipements numériques.

Le rapport britannique souligne explicitement que le Maroc et le Royaume-Uni entendent renforcer leur coopération autour de ces projets. Une telle orientation traduit une lecture élargie de l’événement sportif, considéré comme un levier de transformation économique plutôt que comme une simple échéance événementielle, rappelant que ce type de grands projets génère des effets d’entraînement. Les investissements initiaux irriguent des chaînes de valeur plus larges, incluant le BTP, les services, les technologies et les industries connexes. Le sport devient ainsi un point d’entrée vers une dynamique économique transversale.

Cependant, le secteur constitue une opportunité industrielle encore sous-exploitée avec un marché mondial de l’équipement sportif, qui se chiffre en centaines de milliards de dollars, ouvre des perspectives d’intégration pour des économies disposant d’une base industrielle solide.

Pour renforcer son attractivité, le Maroc bénéficie d’atouts dans le textile et certaines chaînes de production, susceptibles de soutenir l’émergence d’un «made in Morocco» sportif. Cette dimension industrielle s’inscrit dans une logique de montée en valeur. Elle permettrait de capter une part plus importante des retombées économiques du sport, aujourd’hui largement concentrées sur les segments événementiels et infrastructurels.

Pour le président de la Fédération marocaine des professionnels du sport, «la montée en puissance du sport comme secteur économique repose également sur le capital humain», expliquant que les besoins en compétences couvrent un spectre large, incluant le marketing, la gestion d’infrastructures, la data et les technologies numériques.

À l’inverse, Mehdi Sekkouri Alaoui tempère, estimant que «le développement des formations spécialisées progresse, mais reste insuffisant pour soutenir l’industrialisation rapide du secteur». Un tel décalage entre les besoins en compétences et l’offre disponible pourrait constituer un frein à la pleine captation des retombées économiques du Mondial 2030.

L’innovation constitue un second levier stratégique. Les start-up marocaines disposent d’opportunités significatives dans la sport-tech, notamment dans l’analyse de la performance, la billetterie digitale et l’expérience spectateur. Leur intégration au sein de l’écosystème dépendra toutefois de la capacité des grandes organisations sportives à s’ouvrir à des logiques d’expérimentation et d’innovation.

La transformation du sport au Maroc s’inscrit dans une dynamique continentale plus large. Plusieurs économies africaines cherchent à structurer des industries sportives, portées par la croissance démographique et l’urbanisation.

Le positionnement du Maroc comme hub régional repose sur sa capacité à combiner infrastructures, savoir-faire organisationnel et attractivité pour les investisseurs internationaux. Le partenariat avec le Royaume-Uni illustre cette stratégie d’ouverture, en mobilisant des capitaux et des expertises extérieures.

Par Mouhamet Ndiongue
Le 31/03/2026 à 10h08