Crise mondiale des engrais: le Maroc en première ligne

Des engrais produits par le groupe OCP.

Perturbations au Moyen-Orient, dépendance aux flux maritimes et tensions sur les intrants… le marché mondial des engrais est sous pression. Dans ce contexte incertain, le Maroc s’impose comme un acteur clé capable d’atténuer les risques d’une crise agricole et alimentaire, malgré des contraintes de production et d’approvisionnement persistantes. Cet article est une revue de presse tirée du quotidien Les Inspirations Eco.

Le 17/03/2026 à 20h21

Le Maroc pourrait bientôt être appelé à jouer un rôle de premier plan pour répondre, en partie, à une potentielle crise d’engrais dans le monde, dans un contexte marqué par la guerre au Moyen-Orient. C’est ce qu’indique le quotidien Les Inspirations Eco du 18 mars, en précisant que celle-ci continue de bouleverser l’économie mondiale en perturbant fortement le transport aérien et maritime ainsi que les cours du pétrole et du gaz, faisant craindre une pénurie majeure dans un secteur vital pour l’agriculture mondiale.

Selon un rapport publié le 10 mars par la CNUCED et repris par le quotidien, les pays en développement seraient les plus exposés à ce risque. De son côté, le Centre international de développement des engrais estime que le Maroc constitue une solution crédible face à cette menace, en raison de son statut de producteur majeur d’engrais phosphatés. Cette position stratégique lui confère un avantage important dans un marché sous tension.

Dans un appel publié à la même date, plusieurs organisations spécialisées recommandent de sécuriser dès maintenant des volumes stratégiques d’engrais grâce à des accords avec des producteurs régionaux, en citant notamment le Maroc pour les phosphates. Elles soulignent l’urgence, pour les économies vulnérables, de constituer des réserves afin d’anticiper les perturbations à venir.

Le marché mondial des engrais apparaît en effet particulièrement exposé. Une part importante des volumes échangés par voie maritime transite par le détroit d’Ormuz, zone aujourd’hui fragilisée par les tensions géopolitiques. L’urée, le phosphate diammonique et le phosphate monoammonique représentent l’essentiel de ces flux, constituant la base de la fertilisation dont dépend l’agriculture mondiale. Par ailleurs, une part significative des engrais importés par plusieurs pays d’Afrique subsaharienne provient du Moyen-Orient, ce qui accentue leur vulnérabilité.

«Dans ce contexte, le Maroc se retrouve en position favorable» souligne Les Inspirations Eco. Les regards se tournent vers les pays producteurs capables de garantir des approvisionnements stables. L’Inde, par exemple, a récemment sécurisé plusieurs millions de tonnes d’engrais phosphatés auprès du Maroc, dans le cadre d’une stratégie visant à assurer la continuité de sa production agricole et à compenser la baisse des exportations chinoises.

Au-delà de ces accords commerciaux, la coopération entre le Maroc et ses partenaires internationaux s’inscrit également dans une logique d’investissements industriels conjoints, renforçant son rôle central dans la sécurité alimentaire mondiale. Le pays s’impose ainsi comme un acteur incontournable du marché des engrais, grâce à l’importance de ses ressources en phosphate et à ses capacités industrielles.

Cependant, cette situation représente aussi un défi. Si la demande mondiale augmente fortement, le Maroc pourrait avoir du mal à y répondre pleinement. Ses capacités de production d’urée restent limitées et la hausse des prix de certains intrants essentiels, comme le soufre, risque d’alourdir les coûts. De plus, les perturbations affectant l’approvisionnement en gaz et en matières premières pourraient fragiliser l’ensemble de la chaîne de production.

Face à ces contraintes, plusieurs priorités émergent pour limiter l’ampleur de la crise. Il devient nécessaire de renforcer la coordination internationale entre institutions financières, organisations agricoles et acteurs privés afin d’harmoniser les politiques d’approvisionnement et de logistique. Les engrais pourraient également être considérés comme des produits stratégiques, bénéficiant de mesures fiscales et douanières exceptionnelles pour faciliter leur circulation, lit-on encore.

En Afrique, le développement du commerce intra-continental, notamment à travers la ZLECAF, pourrait contribuer à réduire les contraintes logistiques et à améliorer la distribution. Parallèlement, la sécurisation des volumes via des accords avec des producteurs régionaux et le déploiement de financements adaptés apparaissent essentiels. L’objectif est d’éviter qu’une crise des engrais ne dégénère en crise alimentaire mondiale, en garantissant un accès stable et abordable à ces ressources indispensables.

Par La Rédaction
Le 17/03/2026 à 20h21