Après deux années consécutives marquées d’abord par un recul, puis par une stagnation de son activité, Cosumar semble retrouver le chemin de la croissance. Le groupe sucrier marocain a enregistré en 2025 un chiffre d’affaires avoisinant les 10,5 milliards de dirhams, soit près de 973 millions d’euros, en progression de 2,4% par rapport à l’année précédente. Cette évolution intervient pourtant dans un contexte agricole peu favorable, marqué par des conditions climatiques difficiles qui continuent de peser sur les rendements agricoles dans plusieurs régions du Royaume.
La légère reprise des revenus s’explique principalement par l’augmentation des volumes écoulés sur le marché. La production de sucre blanc du groupe a atteint 280.000 tonnes au cours de l’année, enregistrant une progression notable de 47% par rapport à 2024. Cette hausse témoigne, selon Cosumar, des efforts entrepris ces dernières années pour renforcer la filière sucrière nationale à partir des cultures locales de betterave et de canne à sucre. Dans un communiqué publié fin février, l’entreprise souligne que ces résultats sont le fruit d’une amélioration constante du suivi des cultures, d’un renforcement des dispositifs agronomiques et d’une gestion plus efficiente des ressources en eau, enjeu central dans un pays confronté à un stress hydrique récurrent.
Cette reprise intervient également à un moment charnière pour le groupe, marqué par un changement à sa tête, écrit le magazine Jeune Afrique.
Nommé directeur général en septembre dernier, Imad Ghammad a pris la succession de Hassan Mounir avec la mission de poursuivre la transformation et l’expansion de l’entreprise. L’objectif est désormais d’accélérer la croissance d’un groupe coté à la Bourse de Casablanca et considéré comme un acteur stratégique de l’agro-industrie marocaine. Depuis son retrait, en 2023, de la raffinerie saoudienne Durrah, Cosumar a choisi de concentrer ses efforts sur son développement national. Cette opération s’était traduite par la cession de la participation du groupe dans cette raffinerie à son ancien partenaire Wilmar, lequel avait parallèlement cédé ses propres parts dans Cosumar à des investisseurs institutionnels marocains ainsi qu’au négociant français Sucden. Ce recentrage stratégique vise à consolider les capacités industrielles et agricoles du groupe au Maroc tout en préparant une expansion commerciale à l’international.
La mise en service, en 2024, de la raffinerie de Sidi Bennour illustre cette nouvelle orientation. Implantée à une soixantaine de kilomètres d’El Jadida, cette infrastructure industrielle de dernière génération a permis de porter la capacité annuelle totale du groupe à environ 2,5 millions de tonnes de sucre blanc. Pour la direction de Cosumar, cet investissement représente bien plus qu’une simple extension industrielle: il s’inscrit dans une stratégie visant à renforcer l’autonomie productive du pays et à consolider la position du Maroc dans l’agro-industrie mondiale. Le groupe affirme aujourd’hui exporter ses produits vers près de 80 pays, témoignant de son intégration croissante dans les circuits internationaux du commerce du sucre, a-t-on pu lire dans Jeune Afrique.
Parallèlement à ces investissements industriels, Cosumar mise de plus en plus sur l’innovation technologique pour améliorer ses performances agricoles et faire face aux défis climatiques. Imad Ghammad, ingénieur formé à Sup Galilée et à l’Esica de Paris, entend accélérer la transformation numérique du groupe, qu’il a rejoint en 2006 et au sein duquel il a progressivement gravi les échelons. Sous son impulsion, l’entreprise multiplie les initiatives visant à intégrer les technologies numériques dans la gestion des cultures sucrières. L’intelligence artificielle, les drones et les systèmes de pilotage intelligent de l’irrigation occupent désormais une place centrale dans le dispositif agricole du groupe.
Ces outils permettent d’améliorer le suivi des parcelles, d’optimiser l’utilisation des intrants et de réduire la consommation d’eau, ressource particulièrement précieuse dans un contexte de sécheresse prolongée. Selon Cosumar, l’utilisation de drones pour les traitements phytosanitaires aurait permis de diminuer de 80% la quantité d’eau utilisée pour ces opérations. De même, les systèmes d’irrigation intelligents contribueraient à réduire d’environ 30% la consommation d’eau, tandis que l’équipement des parcelles en goutte-à-goutte permettrait d’abaisser de 25% les besoins en eau.
L’effort d’investissement du groupe demeure soutenu. En 2025, Cosumar a consacré 245 millions de dirhams au développement et à la maintenance de ses installations industrielles. Ce montant s’inscrit dans une dynamique plus large: sur près de quinze ans, l’entreprise affirme avoir injecté l’équivalent d’environ un milliard d’euros dans différents projets visant à moderniser sa chaîne de production et à renforcer la filière sucrière nationale. Dans cette perspective, Cosumar s’est fixé de nouvelles ambitions à l’horizon 2030. En 2023, le groupe a signé avec les autorités un contrat-programme destiné à soutenir la production sucrière nationale et à renforcer les exportations. Ce plan prévoit notamment de porter les ventes à l’étranger à 750 000 tonnes, contre 653.000 tonnes enregistrées en 2024. Il vise également à améliorer les rendements agricoles, avec un objectif de production de canne à sucre atteignant 10 tonnes par hectare, contre environ 9 tonnes actuellement.








