Comment le BTP accélère sa cadence, sous l’effet des grands projets et des investissements publics

Le chantier de construction d'un immeuble de bureaux à Casablanca.

Revue de presseEntre grands événements sportifs et plans d’infrastructures ambitieux, le secteur du bâtiment et des travaux publics connaît une dynamique inédite. Mohammed Mahboub, président de la FNBTP, détaille les défis liés à la main-d’œuvre qualifiée, la digitalisation et la structuration du capital humain, et montre comment le BTP peut devenir un moteur durable de transformation économique et sociale au Maroc. Cet article est une revue de presse tirée de Finances News Hebdo.

Le 11/01/2026 à 18h52

Le secteur du BTP marocain connaît aujourd’hui une phase d’accélération inédite, portée par des investissements publics massifs et les grands rendez-vous sportifs internationaux. Dans un entretien à Finances News Hebdo, Mohammed Mahboub, président de la Fédération nationale du bâtiment et des travaux publics, souligne que «le BTP traverse actuellement une phase d’accélération inédite. Les investissements publics, particulièrement ceux liés aux grands événements sportifs internationaux -CAN 2025 et Coupe du monde 2030-, positionnent notre secteur comme un levier incontournable de l’économie nationale».

Représentant plus de 6% du PIB et créant 74.000 emplois nets au deuxième trimestre 2025, le BTP mobilise 1,24 million d’actifs, soit 11,5% de l’emploi national. La consommation de ciment et de bitume confirme la vigueur des chantiers: 6,89 millions de tonnes de ciment et 262.000 tonnes de bitume ont été consommées au premier semestre, respectivement +9,7% et +3,5% sur un an. L’État soutient cette dynamique par des investissements de 70 milliards de dirhams dans les infrastructures et 20 milliards pour le transport. Ces financements couvrent l’eau, les ports, autoroutes, LGV, aéroports, équipements publics, plans régionaux et infrastructures sportives, faisant du BTP «un véritable moteur de transformation nationale».

Cette accélération révèle toutefois une tension croissante sur la main-d’œuvre qualifiée. Mahboub observe que «la tension sur la main-d’œuvre qualifiée dans le BTP est réelle et s’accentue avec l’ampleur des investissements en cours. Aujourd’hui, nous estimons qu’un pourcentage significatif des besoins en techniciens, chefs de chantier et main-d’œuvre spécialisés reste non couvert». Les projets majeurs respectent généralement les délais grâce à l’industrialisation des processus et aux méthodes fast track, comme le montre l’autoroute Tit Mellil–Berrechid, inaugurée cinq mois avant terme. Les déficits concernent davantage les chantiers de moindre envergure, variant selon la taille des entreprises et leur implantation géographique. Pour Mahboub, le défi peut devenir une opportunité grâce au renforcement des formations professionnelles, à la montée en compétences et à la valorisation des métiers du BTP.

Les spécialités les plus recherchées se situent tant dans la technique que dans l’ingénierie, écrit Finances News Hebdo: techniciens spécialisés, chefs de chantier, conducteurs de travaux, ingénieurs en génie civil, hydraulique, énergies, conception, BIM, mécanique, électricité ou topographie. Pour Mahboub «le déficit de main-d’œuvre qualifiée touche plusieurs spécialités clés… le Maroc dispose de talents, mais leur nombre et leur niveau d’expertise doivent augmenter pour répondre à l’accélération actuelle du secteur et aux standards internationaux». L’IFMBTP de Fès joue un rôle clé dans la structuration du capital humain, avec une première promotion de 80 lauréats et 215 apprenants aujourd’hui, incluant des stagiaires africains. L’institut intègre le BIM et l’openBIM dans ses cursus, la formation continue et la sécurité-prévention, préparant une nouvelle génération de professionnels capables de répondre aux exigences modernes.

La digitalisation et l’industrialisation modifient profondément le secteur. Mahboub précise que «la FNBTP souhaite désormais commencer à généraliser l’usage du digital et du BIM pour les projets stratégiques de l’État dépassant 200 millions de dirhams, afin d’accompagner la modernisation et la performance du BTP national». L’objectif est d’harmoniser les standards internationaux, d’accompagner la montée en compétences et de préparer le BTP marocain à l’export et à la référence régionale en transformation digitale.

Au-delà des échéances sportives, la mobilisation actuelle doit se transformer en levier durable. Mahboub souligne l’importance de la réforme réglementaire, du soutien financier et de la protection du tissu national. La refonte du CCAG-Travaux, la réforme du système de révision des prix, l’encadrement de la sous-traitance et l’adaptation du Code du travail sont essentiels. Les mécanismes financiers comme les fonds sectoriels, avances de démarrage et assurances-cautions, combinés à la préférence nationale, doivent soutenir les entreprises et renforcer leur compétitivité.

Pour Mahboub, «bâtir le BTP de demain ne se limite pas à construire des infrastructures: c’est renforcer un pilier de souveraineté, soutenir l’économie nationale et écrire une nouvelle page du Maroc, prêt à affronter l’avenir avec confiance et à construire un futur solide et durable».

Par La Rédaction
Le 11/01/2026 à 18h52