CEA: Tanger accueille une session sur la transformation économique africaine

Cérémonie tenue à Tanger en marge de la 58e édition de la CEA pour dévoiler le timbre commémoratif de Barid al-Maghrib. DR

La tenue à Tanger de la 58e session de la Commission économique pour l’Afrique (CEA) inscrit le débat continental au cœur des enjeux liés à l’innovation et à l’exploitation des données. Réunissant décideurs publics et experts, cette rencontre met en perspective les leviers de transformation des économies africaines, avec un accent particulier sur le rôle des technologies avancées et de l’intégration régionale dans la structuration de nouvelles trajectoires de développement.

Le 29/03/2026 à 19h02

L’ouverture à Tanger de la 44e réunion du Comité d’experts et de la 58e session de la Commission économique pour l’Afrique (CEA) installe un moment de convergence entre priorités nationales et ambitions continentales. En accueillant cette séquence institutionnelle majeure, le Maroc confirme son rôle d’interface entre dynamiques africaines et transformations globales.

Prenant la parole à cette occasion, Mohammed Tarik Bchir, directeur du Trésor et des Finances extérieures, a donné le ton d’une rencontre orientée vers l’action, en rappelant que «technologie et innovation s’imposent désormais comme des moteurs essentiels du développement».

Ce cadrage initial s’inscrit dans une lecture plus large des mutations en cours à l’échelle mondiale. L’économie internationale connaît en effet une recomposition accélérée sous l’effet des avancées technologiques, de l’exploitation massive des données et de la digitalisation des activités productives.

Le thème retenu pour cette édition —«Croissance par l’innovation: exploiter les données et les technologies avancées pour la transformation économique en Afrique»— reflète cette bascule structurelle. Mohammed Tarik Bchir a ainsi évoqué «une révolution technologique multidimensionnelle [qui] a profondément transformé les structures de production, les dynamiques de croissance et les équilibres économiques», mettant en lumière l’ampleur des mutations à l’œuvre.

Au-delà de ce constat global, l’intervention a progressivement recentré le débat sur les implications concrètes pour les économies africaines. L’expansion du numérique ne se limite plus aux secteurs technologiques: elle redéfinit les modes d’organisation du travail, accélère l’essor du commerce électronique et transforme les circuits de production du savoir. Ce mouvement de fond ouvre des perspectives significatives pour le continent, notamment en matière de diversification économique et de création d’emplois qualifiés.

Le directeur du Trésor a ainsi souligné que ces transformations «représentent une opportunité majeure pour les pays africains», à condition de savoir les inscrire dans des trajectoires de développement cohérentes.

Dans le prolongement de cette analyse, la question des modèles économiques s’impose comme un point de passage incontournable. Une large partie des économies africaines demeure structurée autour de l’exploitation des ressources naturelles, ce qui limite la capacité d’intégration dans les chaînes de valeur technologiques. Mohammed Tarik Bchir a dès lors appelé à «une révision des modèles économiques encore largement dépendants des ressources naturelles». Une telle évolution suppose des choix publics structurants, articulant investissement dans le capital humain, modernisation des cadres réglementaires et amélioration de la gouvernance économique.

Cette réflexion trouve un prolongement naturel dans la question de la coopération régionale. L’échelle nationale, à elle seule, ne permet pas de capter pleinement les gains liés aux technologies avancées, notamment en raison des besoins en financement et en infrastructures. Dans cette perspective, l’intégration africaine apparaît comme un levier déterminant. Le responsable marocain a insisté sur la nécessité de «mutualiser les investissements, de favoriser le partage des ressources et des compétences, et d’harmoniser les cadres réglementaires».

Ce cadre analytique met en relief la trajectoire suivie par le Maroc, présentée comme un exemple de repositionnement progressif vers une économie davantage fondée sur la connaissance. Sous l’impulsion du roi Mohammed VI, le Royaume a engagé «une transformation profonde fondée sur le numérique et l’innovation», rappelle notre interlocuteur. Cette orientation se matérialise notamment à travers la stratégie «Maroc Digital 2030», conçue comme une feuille de route visant à accélérer la digitalisation de l’économie et à renforcer l’attractivité du pays dans les secteurs technologiques.

En détaillant les axes de cette stratégie, Mohammed Tarik Bchir a mis en avant plusieurs priorités structurantes: développement des infrastructures digitales, modernisation des services publics, renforcement des compétences numériques et soutien à l’écosystème entrepreneurial. À ces leviers s’ajoute une ambition affirmée de positionner le Maroc comme hub technologique régional, capable d’attirer des investissements dans les technologies avancées et de développer des activités à forte valeur ajoutée, notamment dans l’offshoring. Cette dynamique s’accompagne également d’un effort soutenu en matière de souveraineté numérique et de gouvernance des données.

Ce positionnement national s’inscrit dans une logique de diffusion à l’échelle continentale. En partageant son expérience, le Maroc entend contribuer à structurer un écosystème africain plus intégré et plus résilient. Mohammed Tarik Bchir a ainsi affirmé que «la concrétisation de l’ambition d’une Afrique intégrant pleinement la technologie dans son modèle de développement nécessite une approche collective» , soulignant l’importance d’une coordination renforcée entre États, institutions et acteurs privés.

Dans cette perspective, l’accent mis sur la jeunesse africaine apparaît comme un fil conducteur des travaux engagés à Tanger. Le potentiel démographique du continent constitue en effet un atout majeur, à condition d’être accompagné par des politiques de formation adaptées et par des opportunités d’insertion dans les secteurs innovants. L’investissement dans le capital humain devient ainsi un déterminant central de la réussite des stratégies numériques, en lien direct avec les enjeux de compétitivité et d’inclusion.

Ainsi, au-delà de la dimension protocolaire, la séquence de Tanger s’inscrit dans une dynamique plus large de repositionnement stratégique de l’Afrique. La maîtrise des données, l’innovation technologique et l’intégration économique apparaissent désormais comme des axes structurants d’une nouvelle phase de développement, dont les contours commencent à se dessiner avec davantage de précision.

Par La Rédaction
Le 29/03/2026 à 19h02