Capitale économique du royaume, Casablanca s’impose progressivement comme un centre financier en montée en gamme sur le continent africain. «Longtemps dominée par ses fonctions industrielles et bancaires, la métropole développe désormais des activités plus sophistiquées, allant du capital-investissement à la gestion de fortune, en passant par la banque privée et l’ingénierie financière transfrontalière», indique le magazine Jeune Afrique dans une analyse dédiée.
Cette dynamique s’inscrit dans un contexte international contrasté. Alors que des économies majeures comme la France, l’Allemagne ou le Royaume-Uni ont vu leur notation souveraine dégradée en 2025, le Maroc conserve une stabilité relative. L’assureur-crédit Allianz Trade maintient le pays à un niveau B1 et anticipe une croissance de 3,7% en 2026, portée par l’industrie, l’investissement étranger et un rebond agricole. Les secteurs automobile, phosphatier et touristique continuent de soutenir l’activité.
Sur le plan financier, les fondamentaux s’améliorent. La dette publique devrait reculer autour de 65% du PIB d’ici 2027, tandis que la banque centrale poursuit l’assouplissement du régime de change. Parallèlement, la place casablancaise gagne en sophistication. Les émissions de titrisation ont fortement augmenté en 2025, accompagnées par l’émergence de nouveaux instruments comme les fonds de dette ou les fonds de créances synthétiques.
La Bourse de Casablanca s’ouvre également à de nouveaux produits, avec l’introduction prochaine des ETF, rendue possible par la réforme du cadre des OPCVM. L’objectif est d’élargir l’offre d’investissement, d’améliorer la liquidité et d’attirer des capitaux internationaux, lit-on.
Cette évolution reflète une transformation plus large de l’économie marocaine. Le pays compte désormais environ 7 500 millionnaires en dollars, selon Henley & Partners, en forte progression sur dix ans. Historiquement dominée par de grandes familles industrielles, la richesse nationale s’ouvre désormais à une nouvelle génération d’entrepreneurs issus des télécoms, du paiement et du numérique.
Face à cette évolution, les banques marocaines adaptent leurs offres, relate Jeune Afrique. Attijariwafa Bank, Bank of Africa et la Banque centrale populaire développent des activités de banque privée intégrant conseil patrimonial, gestion d’actifs et accès aux marchés internationaux. La demande se tourne vers la diversification, les investissements alternatifs et les montages structurés.
Le capital-investissement connaît également un changement d’échelle, avec une professionnalisation accrue et des véhicules d’investissement plus importants, à l’image de ceux gérés par Attijari Invest. Cette dynamique est renforcée par l’action du Fonds Mohammed VI pour l’investissement, qui agit comme levier pour attirer les investisseurs internationaux et les family offices.
Dans ce contexte, le Maroc gagne en visibilité auprès des acteurs financiers. Selon Forvis Mazars, 26% des investisseurs interrogés déclarent y être présents, positionnant le pays parmi les principales destinations africaines.
Au cœur de cette transformation figure Casablanca Finance City, conçue comme une plateforme d’accès aux marchés africains, écrit Jeune Afrique. Elle regroupe plus de 200 entreprises internationales et couvre une centaine de pays. Les équipes qui y sont installées pilotent des projets représentant plus de 20 milliards de dollars sur le continent, dans des secteurs variés comme l’énergie, les infrastructures ou les services financiers.
La structure se distingue par son ancrage opérationnel, avec une montée en puissance des activités de gestion d’actifs et d’accompagnement des investisseurs. Le nombre d’emplois et le chiffre d’affaires des entreprises membres ont progressé entre 2022 et 2024, traduisant un renforcement de l’écosystème.
La stratégie d’internationalisation de la place financière s’est accélérée, avec des actions de promotion dans plusieurs grandes capitales et une intégration croissante dans les réseaux mondiaux. L’élection de Casablanca Finance City à la présidence de la World Alliance of International Financial Centers en 2024 illustre cette montée en puissance. La sortie du Maroc de la liste grise de l’Union européenne marque, de son côté, une étape supplémentaire dans l’amélioration de son attractivité financière.








