Carburants: le Conseil de la concurrence relève des distorsions de prix inégalement répercutées

Opérateurs de carburants.

Entre le 1er et le 16 mars 2026, la remontée des prix à l’international n’a pas produit d’effet homogène à la pompe au Maroc. Dans une note publiée mardi 31 mars, le Conseil de la concurrence met en évidence des écarts marqués entre carburants et entre opérateurs. Ces ajustements reflètent des arbitrages commerciaux propres aux distributeurs, dans un contexte de concurrence locale différenciée.

Le 31/03/2026 à 19h45

Une note du Conseil de la concurrence analyse l’évolution des prix du gasoil et de l’essence entre le 1er et le 16 mars 2026. Le Conseil souligne qu’un contexte international marqué par des tensions géopolitiques au Moyen-Orient a entraîné une hausse rapide des prix du pétrole brut et des produits raffinés, dans un environnement dominé par une volatilité accrue.

Le Conseil rappelle que les variations des cours internationaux influent directement sur les conditions d’approvisionnement et sur la formation des prix au niveau national, en particulier dans une économie importatrice comme le Maroc, fortement exposée à ces fluctuations. Ce lien immédiat contraint les opérateurs à procéder à des ajustements rapides, dont les effets se répercutent sans délai sur les prix à la pompe.

L’analyse du Conseil repose sur les cotations des produits raffinés observées sur le marché du Nord-Ouest européen, notamment dans la zone Amsterdam–Rotterdam–Anvers. L’institution précise que ces références constituent «une base essentielle pour la formation des prix d’approvisionnement des opérateurs marocains».

Un tel ancrage explique la sensibilité du marché national aux évolutions internationales. Les opérateurs, dont les achats restent majoritairement indexés sur ces marchés, ajustent leurs prix en fonction de leurs coûts et de leurs stratégies commerciales, introduisant des différences de transmission.

Les données analysées par le Conseil de la concurrence mettent en évidence un ajustement incomplet pour le gasoil. Les cotations CIF progressent de +2,92 DH/L, tandis que les prix à la pompe n’augmentent que de +2,03 DH/L sur la période considérée.

Le Conseil qualifie explicitement cette évolution de «répercussion partielle», avec un écart de -0,89 DH/L correspondant à «un taux de répercussion estimé à 69,5%». Ce différentiel traduit des arbitrages opérés en amont, limitant la transmission intégrale de la hausse des coûts d’approvisionnement.

Essence, une transmission supérieure aux cotations

À l’inverse, la dynamique observée sur l’essence s’écarte du schéma précédent. Le Conseil de la concurrence relève une hausse des cotations internationales de +1,26 DH/L, alors que les prix à la pompe progressent de +1,43 DH/L.

Le Conseil en déduit un écart positif de +0,17 DH/L, révélant une transmission supérieure à la variation internationale. Une telle configuration souligne l’existence de mécanismes différenciés dans la formation des prix, sans alignement systématique entre coûts d’approvisionnement et prix de vente.

Au-delà des évolutions moyennes, le Conseil de la concurrence insiste sur la dispersion des pratiques tarifaires. L’institution relève «des écarts de transmission relativement différenciés d’un opérateur à un autre». Les prix de cession appliqués aux gérants de stations-service présentent des écarts atteignant près de 0,20 DH/L pour le gasoil, soit environ 10% de la hausse moyenne observée. Cette hétérogénéité reflète des stratégies distinctes entre distributeurs, qui ne se traduisent pas de manière uniforme au niveau du consommateur final.

Malgré ces écarts en amont, les prix au détail tendent à converger. Le Conseil de la concurrence observe que les stations-service «tendent à ajuster leurs prix en référence à ceux pratiqués dans leur environnement immédiat».

Le Conseil précise que ce mécanisme s’explique par «la nature essentiellement locale de la concurrence» et par l’homogénéité des produits. Cette logique conduit à un alignement des prix à l’échelle locale, atténuant les différences initiales entre opérateurs.

Le fonctionnement du marché reste structuré par un calendrier d’ajustement des prix fixé au 1er et au 16 de chaque mois. Le Conseil de la concurrence indique qu’il s’agit d’«une pratique héritée de l’ancienne réglementation».

Selon le Conseil, ce dispositif repose sur une formule indexée sur la moyenne des cotations internationales de la quinzaine précédente, contribuant à «un lissage des effets des variations de prix» et à une meilleure visibilité pour les acteurs . Des échanges ont été engagés avec les opérateurs afin d’examiner les possibilités d’évolution de ce mécanisme et d’en améliorer le fonctionnement concurrentiel.

Par La Rédaction
Le 31/03/2026 à 19h45