La Confédération démocratique du travail (CDT) hausse le ton face à la hausse des prix des carburants et son impact sur le pouvoir d’achat des consommateurs. Dans un courrier adressé le 25 mars 2026 au chef du gouvernement, le secrétaire général (SG) du syndicat, Khalid Alami Houir, dresse un constat accablant de la situation du secteur des carburants au Maroc et réclame une série de mesures radicales pour enrayer ce qu’il qualifie de «destruction du pouvoir d’achat des Marocains».
Ce courrier, dont nous détenons une copie, intervient dans un contexte marqué par une nouvelle flambée des prix à la pompe et des tensions récurrentes sur les stocks, illustrées par les pénuries observées début février 2026. Pour la CDT, ces épisodes ne sont pas des accidents conjoncturels mais les symptômes d’un mal profond.
En guise d’explication, l’organisation syndicale pointe du doigt les choix de politique publique opérés depuis trois décennies. Il s’agit, détaille son SG, de la privatisation des participations de l’État dans le secteur, d’abord dans la distribution des produits pétroliers à partir de 1995, puis dans le raffinage à partir de 1997 et de la décision de libéraliser totalement les prix des carburants fin 2015, avec la suppression du système de compensation.
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«Ces facteurs ont affecté négativement la sécurité énergétique du pays et les prix des produits pétroliers, causant un préjudice au pouvoir d’achat des citoyens et à la compétitivité des entreprises», peut-on lire dans le courrier.
La CDT estime que ce modèle a échoué à garantir une concurrence réelle, laissant la place à une situation de «monopole» et de «contrôle du marché national» par quelques opérateurs, avec pour conséquence des «hausses successives des prix qui nuisent aux consommateurs».
L’un des griefs majeurs formulés par le bureau exécutif de la CDT à cet effet concerne la gestion des stocks stratégiques. Le syndicat dénonce une fragilité structurelle qui expose le pays à chaque tension sur les marchés internationaux.
La lettre rappelle que, dès que les cours mondiaux s’envolent en raison de conflits géopolitiques, de tensions globales ou même d’aléas logistiques maritimes, le marché national réagit violemment. À titre d’illustration, l’auteur du document cite la récente «hausse inacceptable des prix» opérée au début de février 2026 et la «pénurie des stocks».
Pour l’organisation syndicale, cette situation «affecte gravement, d’une part, le pouvoir d’achat des Marocains par la répercussion des prix sur la vie quotidienne, et, d’autre part, menace les fondements de la sécurité énergétique du pays».
La CDT estime que les dispositifs mis en place par l’exécutif, comme le «soutien exceptionnel aux professionnels» ou le «soutien social» ciblant les personnes aux revenus modestes, ont un «impact limité» et ne répondent pas à l’ampleur du défi.
Six mesures pour sortir de l’impasse
Pour faire face à cette situation, le syndicat formule six demandes précises qu’il soumet au chef du gouvernement.
La première requête de la CDT porte sur «l’annulation» de la décision de libéralisation des prix des carburants. Cette revendication s’appuie sur une argumentation juridique renvoyant à l’article 2 de la loi n° 12.104 relative à la liberté des prix et de la concurrence, ainsi qu’au décret d’application n° 2.14.652.
Le syndicat appelle à un «retour à la régulation des prix» fondé sur des mécanismes protecteurs pour le consommateur: «l’allégement de la pression fiscale» ou «l’adoption de mécanismes de soutien pour tous». La mesure est justifiée par l’«absence de conditions de concurrence», la «hausse des indices de monopole» et les marges bénéficiaires jugées excessives.
Deuxième axe: la séparation entre les activités de stockage et de distribution des carburants. L’objectif affiché est de clarifier les responsabilités en matière de gestion des stocks nationaux, de renforcer la sécurité énergétique et de protéger le pays des «chocs du marché international».
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En troisième lieu, la CDT appelle à la reprise de l’activité du raffinage de pétrole en relançant la raffinerie Samir à Mohammedia. Dans son argumentaire, la CDT énumère les bénéfices attendus de cette reprise: «tirer profit de cette industrie», «augmenter les stocks», «saisir les opportunités de marges de raffinage élevées», en plus des retombées en matière d’emploi, de développement local et de valorisation du «produit manufacturé localement».
Pour la quatrième mesure, elle porte sur une refonte en profondeur du cadre juridique du secteur énergétique. La CDT propose de «définir les rôles de l’État et du secteur privé» dans l’objectif de «renforcer la souveraineté énergétique» et de fournir une énergie à un coût compatible avec le pouvoir d’achat des Marocains.
Cette refonte s’accompagnerait de la création d’une Agence nationale de régulation et de contrôle du secteur de l’énergie, une instance indépendante chargée de veiller à l’équilibre du marché.
Transport, salaires: les répercussions en cascade
La cinquième demande de la CDT consiste à une «révision» des lois régissant ce secteur, avec un objectif clair: «l’élimination de toutes les formes de rente et de privilèges».
Parmi les mesures concrètes proposées, figure l’adoption d’un «gasoil professionnel» à prix différencié, destiné à «garantir les équilibres fondamentaux des entreprises de transport». La CDT met en garde contre toute tentative d’utiliser les crises des carburants pour «influencer négativement le coût du transport et de la mobilité».
Dernière revendication, et non des moindres: la CDT exige une «augmentation générale des salaires et des pensions» pour faire face à la «persistance de la vie chère et à la hausse du taux d’inflation».




