Agriculture: un secteur en mal de formation

Un agriculteur arrose ses plantes avec un simple arrosoir, dans son exploitation.

Un agriculteur arrose ses plantes.. Freepik

Revue de presseAprès des années de sécheresse qui ont fragilisé l’emploi rural, l’agriculture nationale peine à créer des postes malgré son rôle de premier employeur. Pour renforcer sa compétitivité et attirer de jeunes entrepreneurs, la formation et l’accompagnement technique des agriculteurs deviennent essentiels, alors que le secteur se digitalise et se mécanise rapidement. Cet article est une revue de presse tirée de Finances News.

Le 05/04/2026 à 19h55

La création d’emplois dans le monde rural continue de souffrir des conséquences des années successives de sécheresse. Dans un environnement majoritairement agricole, toutes les filières ont été touchées, des cultures céréalières aux légumineuses, en passant par l’élevage. Les sécheresses récurrentes ont fragilisé les exploitations, entraînant une baisse significative des revenus et une instabilité de l’emploi. «La flambée des prix de l’alimentation animale et des intrants agricoles, combinée à l’appauvrissement des parcours naturels, a mis de nombreux exploitants dans l’impossibilité de maintenir leurs troupeaux ou de poursuivre leurs activités. Certains ont été contraints de réduire leurs effectifs ou même de fermer complètement leurs exploitations, entraînant le licenciement de travailleurs agricoles», écrit le magazine Finances News Hebdo.

En 2025, le taux de chômage dans les zones rurales a légèrement reculé, passant de 6,8% en 2024 à 6,6%. Cette amélioration demeure toutefois fragile, dans un contexte où l’agriculture nationale a perdu 137.000 emplois l’an dernier, après 157.000 en 2023. Entre 2018 et 2023, le secteur a ainsi enregistré un recul cumulé de 816.000 postes. Cité par Finances News, Mouhcine Belarbi, ingénieur en génie rural, explique que «si la sécheresse avait persisté, les pertes auraient pu atteindre un million d’emplois, provoquant un exode rural accéléré, une baisse de l’attractivité du secteur pour les investisseurs et une nouvelle flambée des prix agricoles».

Cette situation a également freiné les ambitions de la stratégie Génération Green, initiée pour moderniser le secteur et renforcer son rôle de moteur de l’économie nationale. L’objectif de cette stratégie était de stimuler la création d’emplois, d’attirer de nouveaux investissements et de dynamiser l’exportation agricole à l’horizon 2030. «Aujourd’hui, l’agriculture reste l’un des principaux employeurs du pays, représentant entre 28 et 38% de la population active selon les saisons, mais peine à exploiter pleinement son potentiel», rappelle Finances News.

Un des enjeux majeurs reste la formation des agriculteurs. «La plupart des fellahs marocains pratiquent leur métier par transmission familiale, sans formation formelle ni qualification technique», explique Belarbi. Cette réalité limite l’adoption des meilleures techniques et intrants, ainsi que la modernisation du secteur. Pour accroître la compétitivité agricole, il est indispensable d’investir dans la formation continue et l’accompagnement technique afin de répondre aux standards de production les plus élevés.

La valorisation des ressources humaines dans le secteur agricole a d’ailleurs été soulignée par la Commission de contrôle des finances et de gouvernance lors de l’ouverture du Parlement en octobre 2024. Les parlementaires ont insisté sur le rôle central de la formation professionnelle pour renforcer l’emploi et soutenir le développement du secteur.

Les perspectives sont pourtant prometteuses. L’agriculture nationale offre de réelles opportunités d’investissement et de création de projets, notamment grâce à la digitalisation et à la mécanisation croissante. Les exploitations ont besoin de techniciens spécialisés dans l’utilisation des engrais, de spécialistes de drones pour la surveillance des cultures et du bétail, ainsi que de conducteurs d’engins qualifiés. «On se plaint de la hausse du chômage rural, mais paradoxalement, les exploitants peinent à recruter des profils qualifiés», souligne Belarbi, rappelant que la modernisation du secteur passe nécessairement par la formation et l’adoption de nouvelles technologies.

En somme, le défi de l’agriculture marocaine est double: faire face aux aléas climatiques tout en construisant un capital humain capable de soutenir la compétitivité et l’innovation. Sans un investissement massif dans la formation et l’accompagnement technique, la vision de Génération Green risque de rester un objectif lointain, malgré l’importance stratégique du secteur pour l’économie nationale.

Par La Rédaction
Le 05/04/2026 à 19h55