2026 pourrait être une année marquée par une amélioration mesurée des conditions de vie au Maroc, portée par une croissance attendue supérieure à 5% et un reflux progressif du chômage. La précision est de l’économiste Abdelghani Youmni. Dans un entretien au magazine hebdomadaire Challenge, l’analyste prédit qu’«en 2026, les Marocains pourraient connaître une légère amélioration de leur pouvoir d’achat. La croissance économique serait proche de 5,1%, portée par la reprise de plusieurs secteurs, une bonne campagne agricole et la dynamique des exportations». Le déficit budgétaire pourrait se stabiliser autour de 3,9%, grâce à la consolidation des finances publiques et à la modération des prix de l’énergie, malgré un contexte international incertain.
L’agriculture jouerait un rôle déterminant dans ce scénario optimiste. Une année pluviométrique favorable pourrait accroître la croissance de 1,5 point, soit près de 24 milliards de dirhams supplémentaires. S’y ajouteraient les exportations d’engrais, l’automobile et l’aéronautique, ainsi que l’élan du tourisme, soutenu par les chantiers d’infrastructures liés à la Coupe du monde 2030. Les investissements publics, estimés à 380 milliards de dirhams, pourraient générer près d’un point supplémentaire de croissance par effet d’entraînement.
Pourtant, des vulnérabilités persistent. «Le marché immobilier résidentiel restera freiné par le coût élevé du foncier et des revenus encore insuffisants pour une large partie des ménages. La dette publique, qui pourrait dépasser 70% du PIB, limite les marges de manœuvre et alourdit le coût de son financement», note Challenge. Youmni souligne que «la croissance ne bénéficiera pas immédiatement et de manière homogène à l’ensemble des ménages, mais l’effet de ruissellement ne sera pas négligeable et devrait progressivement toucher une partie importante de la population». La reprise profiterait d’abord au monde rural. Une bonne campagne agricole augmente les revenus des exploitations, soutient la consommation locale et contribue à stabiliser les prix alimentaires.
Sur le plan social, les réformes en matière de santé et d’éducation affichent des budgets croissants, avec 42,4 milliards de dirhams pour la santé et 97,1 milliards pour l’éducation. «Le financement repose encore largement sur les cotisations des salariés formels et sur le budget général. Si la croissance venait à ralentir ou si la dette s’envolait, les équilibres financiers pourraient être fragilisés», avertit Youmni. L’absence d’un financement public solide risque de créer un système à deux vitesses, avec un service public sous pression pour les ménages modestes et un privé performant réservé aux plus aisés.
La confiance politique reste également un défi. «Le système politique marocain laisse davantage entrevoir un réagencement des équilibres entre les partis de la majorité, sans nécessairement produire de réel big bang économique», estime Youmni. Selon ce dernier la restauration de la confiance passe par des réformes structurelles, en particulier dans la formation professionnelle et le développement de secteurs à forte valeur ajoutée comme la robotique, les drones ou la data. Il souligne aussi que l’orientation fiscale et bancaire actuelle favorise les marges rapides au détriment de la prise de risque et de l’innovation.
En résumé, 2026 pourrait offrir une amélioration progressive des conditions de vie, mais celle-ci restera fragile et inégalement répartie. La croissance pourrait soutenir les revenus ruraux et les classes moyennes, tandis que le financement des réformes sociales et la consolidation de la confiance politique demeurent des enjeux cruciaux pour transformer ces perspectives en gains durables pour tous.








