Une photographe italienne parmi les lauréats du World Press Photo Contest pour son projet sur les cavalières marocaines de Tbourida

Ghita Jhiate gère son indiscipliné étalon à Sidi Rahal, Maroc. Longtemps interdite de participer à une Tbourida par son père,  elle a enfin réalisé son monter aux côtés de la pionnière de la Tbourida féminine, Zahia Aboulait, en 2025.

Ghita Jhiate gère son indiscipliné étalon à Sidi Rahal. Longtemps interdite de participer à une Tbourida par son père, elle a enfin réalisé son rêve: monter aux côtés de la pionnière de la Tbourida féminine, Zahia Aboulait, en 2025.

Les cavalières marocaines qui perpétuent la tradition équestre de la Tbourida sont au cœur du projet de Chantal Pizi, lauréate du World Press Photo Contest 2026.

Le 10/04/2026 à 12h56

Le célèbre concours World press photo Contest 2026 vient de faire paraître la liste des lauréats retenus, parmi lesquels photojournalistes et photographes documentaires concourent pour remporter le prestigieux prix. Parmi ceux-ci figure Chantal Pinzi, une photographe italienne, dont le projet intitulé «Farisat: Gunpowder’s daughters» a fait une forte impression sur le jury.

Consacré aux femmes cavalières qui perpétuent la tradition de la Tbourida au Maroc, historiquement réservée aux hommes, le projet de Chantal Pinzi s’est imposé parmi 57.376 images soumises par 3.747 photographes issus de 141 pays.

Sur son site officiel, World Press Photo explique que «la tradition de la Tbourida, reconnue par l’UNESCO et remontant au XVIe siècle, consiste en des performances spectaculaires de groupes de cavaliers –généralement entre 15 et 25 - qui galopent à l’unisson en tirant des coups de fusil dans une chorégraphie inspirée des anciennes parades militaires». Revenant sur les usages liés à cette tradition, on rappelle aussi que «les participants portent des costumes traditionnels représentatifs de leur tribu ou de leur région, ainsi qu’une épée et un petit exemplaire du Coran», ou encore que «l’événement revêt souvent aussi une valeur spirituelle, accompagné de rituels de purification et de moments de prière collective».

Transmise de génération en génération, la Tbourida qui requiert une grande maîtrise technique, de l’équilibre et du courage a longtemps été réservée exclusivement aux hommes. Toutefois, rappelle World Press Photo, «elle a commencé à s’ouvrir à la participation féminine après la réforme du Code de la famille marocain de 2004, qui a renforcé les droits des femmes».

Ainsi, preuve du changement des mœurs et des pratiques, il existe aujourd’hui sept groupes composés uniquement de cavalières sur un total d’environ 300. «Les farīsāt assument souvent des frais personnels importants, s’occupant elles-mêmes des chevaux, des costumes et des autorisations nécessaires. Leur présence représente une affirmation forte du rôle des femmes dans le patrimoine culturel marocain», explique-t-on.

Sous le charme de ce projet dédié à ces femmes marocaines, le jury explique à son tour que «ce récit offre un portrait rafraîchissant et inspirant des femmes. À travers des scènes imaginatives et une palette de couleurs singulière, le projet révèle des moments magnifiques et inattendus, élargissant la vision du spectateur sur les possibilités qui s’offrent à ces femmes. L’approche visuelle unique de la photographe les présente d’une manière à la fois originale et exaltante».

S’agissant de Chantal Pinzi, la photographe s’impose comme une activiste visuelle basée à Berlin, spécialisée dans le photojournalisme et la photographie documentaire. Elle-même athlète, elle considère le sport comme un outil permettant de mettre en évidence les inégalités sociales et les exclusions. C’est pourquoi elle a choisi de s’intéresser à des communautés où les femmes rencontrent encore des obstacles importants à la participation, soulignant ainsi le potentiel émancipateur de la pratique sportive.

Par Zineb Ibnouzahir
Le 10/04/2026 à 12h56