Finaliste de la Star Academy Maghreb, ancien membre du groupe Mazagan, et voix singulière du paysage artistique marocain, Hamid El Hadri n’avait plus foulé les scènes depuis des années. Cette absence, loin d’être anodine, correspond à une période de recul et de combat contre le cancer, dont l’artiste est ressorti encore plus solide qu’avant. Une épreuve qui, confie-t-il, l’a rapproché de l’essentiel et nourri une nouvelle approche de sa musique, plus introspective et spirituelle.
Le chanteur-compositeur s’apprête désormais à retrouver son public, avec un showcase prévu le 11 mars au Théâtre Riad Sultane à Tanger et le 13 mars au Centre culturel Ahmed Boukmakh. L’occasion pour lui de présenter en avant-première son nouvel album «Roots/Jodour», un opus qui s’inscrit comme un véritable retour aux sources, à la fois musical et personnel. Une remontée sur scène que le chanteur a voulu intime, fidèle à l’esprit de partage et de proximité qui guide ce nouveau chapitre de sa carrière.
Le360: si tu devais te présenter brièvement, que dirais-tu de toi?
Hamid El Hadri: je suis né à Chefchaouen et j’ai grandi à Tanger. Je suis un Marocain profondément attaché à son pays et amoureux de la vie. La musique fait partie de moi depuis toujours. J’ai même l’impression de l’avoir découverte avant ma naissance, car ma mère chantait beaucoup pendant sa grossesse.
Tu as été finaliste de la Star Academy Maghreb. Que t’a apporté cette expérience?
Sur le plan personnel, cela m’a permis de vivre une expérience humaine unique avec des candidats venus de tout le Maghreb. Nous avons partagé des moments forts et découvert la richesse de nos cultures musicales.
Professionnellement, la Star Academy offre une visibilité immédiate. Dans ce métier, il faut parfois des années pour se faire connaître, alors que dans ce type d’émission, la notoriété arrive très vite. En revanche, les contrats qui suivent peuvent parfois ralentir la carrière. Malgré cela, cette expérience m’a beaucoup appris, aussi bien sur la scène que dans la manière d’interpréter et de communiquer avec le public.
Au cours de ta carrière, tu as fait partie de plusieurs groupes, dont Mazagan. Quelle est la différence entre l’expérience en groupe et une carrière solo?
L’expérience en groupe est très enrichissante, mais elle peut aussi être complexe. Chacun a ses goûts, ses idées et parfois son ego. Il faut apprendre à gérer les relations humaines autant que les choix artistiques. En revanche, ce qui reste gravé, ce sont les moments partagés: les voyages, l’énergie avant et après les spectacles, l’amitié qui se crée entre les membres du groupe. En solo tout est plus simple, car les décisions artistiques nous appartiennent entièrement.
On dit souvent que ce qui ne nous tue pas nous rend plus forts. Tu as traversé une longue épreuve avec le cancer. Que retiens-tu de la maladie?
Ce proverbe correspond parfaitement à ce que j’ai vécu. J’ai été très proche de la mort, mais Dieu m’a guéri. Cette épreuve m’a transformé. Elle m’a apporté beaucoup de maturité et m’a rapproché de Dieu. Aujourd’hui, je me sens plus fort et je vois la vie autrement.
Peu après la découverte de ta tumeur, tu as sorti le titre «Koulchi Ala Allah». Était-ce une manière de relativiser?
Oui, en quelque sorte. Cette chanson était pour moi un moyen de raconter ce que j’avais vécu et ce que j’avais ressenti pendant cette période difficile. C’était aussi un message adressé à mes fans: il faut accepter ce qui nous arrive dans la vie. Tout est entre les mains de Dieu et nous ne pouvons pas changer le destin. Mais cela ne signifie pas abandonner, il faut continuer à se battre et garder la foi.
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Tu signes aujourd’hui ton retour avec l’album «Roots». Comment est né ce projet?
Après la maladie, j’ai longtemps douté de pouvoir revenir à la musique. Mais pendant ma convalescence, j’ai retrouvé l’envie de créer, encouragé aussi par mes collègues. J’ai alors décidé de revenir à mes racines. L’album «Roots/Jodour» revisite les chansons qui ont bercé mon enfance, celles que j’entendais dans la rue, lors des fêtes ou chantées par ma mère. Les dix titres s’inspirent du patrimoine marocain et mêlent plusieurs styles, du reggae au flamenco en passant par la pop, avec des rythmes marocains.
Après ce retour, y a-t-il une scène dont tu rêves particulièrement?
Honnêtement, il n’y a pas une scène précise. Pour moi, chaque scène est sacrée, qu’elle soit petite ou grande. Même chanter devant une seule personne reste un moment spécial. L’essentiel, c’est de retrouver le public.
Si un jour tu devais arrêter la musique, te verrais-tu revenir à ta vocation initiale en management sportif, peut-être au sein de l’Ittihad Riadhi de Tanger?
Oui, bien sûr. Mais je ne pense pas pouvoir arrêter la musique. C’est quelque chose dont je ne peux pas me passer. Cela dit, l’IRT reste le club de mon cœur. Comme j’ai suivi une formation en management sportif, j’aimerais un jour participer à la gestion du club et contribuer à son développement. D’ailleurs, je commence déjà à m’impliquer dans ce sens et, qui sait, peut-être rejoindrai-je un jour officiellement l’équipe dirigeante.








