L’artiste Abdelhadi Belkhayat s’est éteint ce vendredi 30 janvier 2026 à l’hôpital militaire de Rabat, à l’âge de 86 ans. Sa voix a accompagné des générations entières, bercé les joies, consolé les peines et transmis une certaine idée de la beauté et de la sagesse.
Début janvier, Abdelhadi Belkhayat a été victime d’un malaise peu après son arrivée à Dakhla en provenance de la Mauritanie. Il a été admis le lundi 5 janvier 2026 au soir à l’hôpital militaire de la ville.
La disparition de l’artiste a suscité une vive émotion. Dans un post sur Facebook, le ministère de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication a rendu hommage à un homme qui «a profondément marqué la scène artistique marocaine par des œuvres raffinées et des paroles sincères, porteuses des valeurs de beauté, de spiritualité et d’engagement».
De nombreuses personnalités ont également réagi. L’artiste Nouamane Lahlou a évoqué «l’un des piliers de la chanson marocaine et l’une de ses voix éternelles».
L’acteur Rachid Ouali a, lui aussi, salué la mémoire d’un homme qui «a laissé des œuvres qui nous ressemblent: simples en apparence, profondes par leur impact».
Né en 1940 à Fès, Abdelhadi Belkhayat incarnait une école, un style et une exigence artistique rare. Chanteur à la voix chaude et puissante, il laisse derrière lui une œuvre qui a profondément marqué le patrimoine culturel national. Ses chansons comme Mounfarija, Ya Bent Nass, Ya Dak L’insane ou Ya Mahboubi font aujourd’hui partie des classiques intemporels de la chanson marocaine.
Très jeune, Abdelhadi Belkhayat quitte sa ville natale pour Casablanca, où une audition à la Radio marocaine le propulse rapidement sur le devant de la scène. À une époque dominée par de grands noms comme Mohamed Fouiteh ou Maâti Belkacem, il parvient à s’imposer grâce à un timbre singulier et des mélodies imprégnées d’influences orientales et arabo-andalouses. Aux côtés d’artistes de sa génération tels qu’Abdelwahab Doukkali, Latifa Amal ou Mohamed Hayani, il incarne le renouveau de la chanson marocaine des années 1960.
Sa formation au Conservatoire supérieur de musique arabe du Caire, entre 1965 et 1967, contribue à affiner son art et lui ouvre les portes du public arabe. Son concert à l’Olympia de Paris connaît un succès retentissant, attirant une foule bien plus nombreuse que la capacité de la salle. La même décennie, il tente une incursion au cinéma sous la direction du réalisateur Abdellah Mesbahi, notamment dans Silence, sens interdit (1973) et Où cachez-vous le soleil? (1979), films tournés au Caire mais restés inédits au Maroc.
Sa dernière apparition publique remonte à 2015, lors du Festival Mawazine, où Abdelhadi Belkhayat avait retrouvé son public à travers des chants spirituels et religieux. Une prestation empreinte de recueillement et de sobriété, qui traduisait la profonde évolution intérieure de l’artiste et venait symboliquement clore un parcours marqué par la quête de sens, la foi et la fidélité à une certaine idée de l’art.




