Adossée aux remparts historiques de Casablanca, à quelques pas de l’océan Atlantique et de la gare Casa-Port, la Sqala s’impose aujourd’hui comme l’un des sites les plus prisés de la métropole. Son emplacement stratégique, au cœur du tissu urbain et à la lisière du front de mer, en fait un point de convergence naturel pour les visiteurs comme pour les Casablancais. Les restaurants traditionnels qui y ont élu domicile contribuent à faire vivre ce lieu emblématique, où patrimoine, convivialité et attractivité urbaine se conjuguent au quotidien.
Mais derrière cette dimension récréative se cache une profondeur historique insoupçonnée. Selon le chercheur et écrivain Hassan Laârouss, âgé de plus de 90 ans et natif de l’ancienne médina, l’histoire du site remonte au 18ème siècle. Il rappelle qu’avant cette période, «la médina était à nu, sans aucune protection, et les vagues de la mer atteignaient les abords mêmes de l’actuel mur de la Sqala».
À cette époque, précise-t-il, «il n’y avait ni Sqala, ni remparts, ni fortifications. Il n’y avait que la médina et la mer». Casablanca n’était alors qu’un village vivant essentiellement des ressources maritimes, sans véritable système défensif structuré.
Le tournant décisif intervient avec l’arrivée du sultan Sidi Mohammed ben Abdallah, qui entreprend de protéger la cité. Il ordonne la construction d’un rempart avec sept portes et fait ériger la Sqala afin de prémunir la ville contre les attaques extérieures.
L’édification de la Sqala s’inscrit ainsi dans une stratégie de défense plus large visant à sécuriser un territoire exposé aux menaces maritimes. Ce dispositif architectural marque la naissance d’un système urbain fortifié qui transformera durablement le visage de la médina.
Plus tard, durant la période du protectorat, l’administration coloniale française porte un intérêt particulier à la médina. Pour Hassan Laârouss, auteur de l’ouvrage «La médina de Casablanca: mémoire et patrimoine», ce choix n’est pas anodin: la ville constituait un trait d’union entre le nord et le sud du Maroc, tout en s’ouvrant sur l’Atlantique et en étant proche de la Chaouia, région réputée pour ses richesses.
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Malgré cette importance stratégique, la valeur patrimoniale de la Sqala n’a pas toujours été perçue par les habitants eux-mêmes. Le chercheur confie que la génération avec laquelle il a grandi ne mesurait ni la portée historique ni l’esthétique du monument.
À leurs yeux, la Sqala n’était qu’un simple passage, souvent encombré par la circulation et les allées et venues des habitants. L’espace, plus fonctionnel que symbolique, faisait partie du décor quotidien sans susciter une véritable conscience patrimoniale.
Aujourd’hui, la Sqala s’impose comme un modèle vivant de réhabilitation patrimoniale. De site défensif oublié, elle est devenue un lieu de mémoire et de sociabilité, attirant chaque jour un public diversifié en quête d’authenticité.








