Bab Makina, scène vivante: «Nostalgia» revisite l’histoire du Maroc à Fès

Le spectacle Nostalgia... Terre des savants à Bab Makina, à Fès. (Y.Jaoual/Le360)

Le 30/03/2026 à 14h38

VidéoDu 25 au 29 mars, cinq soirées durant, plus de 300 artistes ont investi les remparts de Bab Makina, captivant des milliers de spectateurs. À travers une fresque immersive retraçant l’histoire du Maroc, avec Fès en fil conducteur, le spectacle «Nostalgia… Terre des savants» quitte la ville après avoir profondément marqué les esprits.

Du 25 au 29 mars, chaque soir, les remparts de Bab Makina ont servi d’écrin à un spectacle d’envergure, bien au-delà d’une simple performance scénique. Dès les premières minutes, le décor imposait le ton: une scénographie lumineuse sculptant l’obscurité, et des centaines d’artistes investissant l’espace avec une précision millimétrée. Théâtre, musique live, danse, projections… Tout concourait à offrir une expérience totale et immersive.

Au fil des scènes, c’est l’histoire du Royaume qui a défilé. Le règne de Moulay Idriss II et la fondation de la rive droite de Fès, la stature de Moulay Hassan Ier, bâtisseur de l’armée marocaine moderne, mais aussi les ruelles des souks ancestraux — Seffarine, Debbaghine, Cherratine, Qattanine, Chammaïne — redevenues vivantes, bruissantes et odorantes, comme suspendues dans le temps.

Le moment le plus fort? Sans doute l’apparition de Fatima Al-Fihriya, fondatrice de l’université Al-Quaraouiyine, la plus ancienne au monde encore en activité, et figure emblématique de Fès. La comédienne Hala Lahlou lui a redonné vie sur scène, aux côtés de sa sœur qui, elle, a interprété le rôle de Mariam Al-Fihriya, fondatrice de la mosquée des Andalous. «Ce sont deux femmes qui ont bâti, au sens littéral du terme. Les incarner ici, à Fès, dans ce lieu chargé d’histoire, c’est une responsabilité autant qu’un honneur», nous a-t-elle confié à l’issue de la représentation, la voix chargée d’émotion. Et d’ajouter: «Des événements comme celui-ci ne sont pas du luxe culturel. Ils sont nécessaires, surtout pour les jeunes générations qui peinent parfois à se reconnaître dans une histoire qu’on leur a trop souvent racontée de façon aseptisée».

Le comédien Mohamed Azzam résume l’esprit du spectacle en une formule: «À Bab Makina, les pierres aussi jouent.» Il souligne que le choix du lieu relève moins de l’esthétique que de la dramaturgie. «Le mur répond, l’espace amplifie, l’histoire réside déjà là. Nous, on n’a fait que la réveiller.»

De son côté, Mohamed Alami insiste sur l’accessibilité de l’événement. «Gratuit et ouvert à tous, le spectacle a attiré des publics très divers: familles fassies, touristes, élèves... On ne peut pas parler de valorisation du patrimoine si on le réserve à ceux qui en ont les moyens. Ici, l’histoire a appartenu à tout le monde, le temps de quelques jours.»

Ce qui fait la singularité de «Nostalgia», c’est peut-être cela: avoir compris que Fès est un personnage à part entière. Ses remparts respirent, ses médinas murmurent, et ses ruelles portent des mémoires que les livres peinent à contenir. Mettre en scène l’histoire marocaine en ces lieux, c’est la raconter à partir de ses propres racines.

Par Youssra Jaoual
Le 30/03/2026 à 14h38