Battre l’abstention

Tahar Ben Jelloun. . DR

ChroniqueLe Maroc s’apprête l’automne prochain à élire une nouvelle assemblée. Les spéculations vont bon train. Les chefs se disputent, les ambitions s’affrontent déjà, les égos entrent en scène. Mais dans ce cirque, on oublie le principal: l’électeur, le citoyen qui doit élire ses représentants.

Le 04/07/2016 à 11h59

La démocratie n’est pas une technique. Elle ne se résume pas à quelques élections. Pourtant élire, c’est choisir, c’est exprimer sa liberté, donner sa voix, faire confiance. Autrement dit, c’est mettre en pratique des valeurs qui sont la base et le fondement du moins mauvais système politique dans le monde.

Le Maroc s’apprête l’automne prochain à élire une nouvelle assemblée. A lire la presse du pays, le marché est ouvert. Les spéculations vont bon train. Les chefs se disputent, les ambitions s’affrontent déjà, les égos entrent en scène. Mais dans ce cirque, on oublie le principal : l’électeur, le citoyen qui doit élire ses représentants. Personne ne s’en soucie.

Or on sait par expérience que l’abstention est importante. Pourquoi les citoyens ne vont pas voter ? C’est à mon avis la première question que doit se poser tout candidat. Si on ne donne pas l’envie aux gens de se déplacer pour voter, ce n’est pas la peine de faire de la politique et à la limite ce n’est pas la peine d’avoir un parlement désigné par une minorité de citoyens.

La démocratie est une pédagogie. Cela s’apprend, cela s’étudie et ça se respecte. Or chez nous, on utilise à tort et à travers le mot sans l’appliquer ni le respecter. C’est pour cela que la démocratie devrait commencer à la maison, dans l’immeuble où l’on habite, dans le quartier et ensuite dans la ville.

Les partis politiques, traditionnels ou récents, se sont si mal comportés qu’ils ont réussi à dégoûter le citoyen de la politique. La corruption, l’achat des voix, les combines, les mensonges, la démagogie ont fini par éloigner les Marocains des urnes. Nous disposons de trois mois pour assainir la situation, pour donner la preuve de sérieux, pour parvenir à élire des représentants dignes et compétents, qui privilégient l’intérêt national à l’intérêt personnel. Comment faire ? Instaurer une pause et mettre de l’ordre dans le cirque. Interdire aux députés de cumuler les mandats et de faire des affaires. Pénaliser les absents durant les débats.

C’est de l’ordre de l’impossible? Certes, demander à un député d’abandonner ses affaires juteuses pour s’occuper réellement de ceux qui l’ont mandaté pour les représenter et défendre leurs intérêts s’avère impossible. Pourtant, théoriquement un parlement doit servir à cela et pas à autre chose. Or chez nous bon nombre de gens cherchent à devenir députés afin que la fonction les aide et leur facilite l’accès à des affaires qui n’ont rien à voir avec le métier de député.

Ce n’est pas un hasard si le peuple se méfie tant des politiques. Le peuple marocain est intelligent et mérite d’être représenté par des personnes de qualité. Alors il faut l’écouter et respecter son désir, ses préoccupations, ses problèmes.

Vœu pieux? Oui, alors on continue d’enfoncer le clou et de réclamer une démocratie propre, digne, évoluée, à la hauteur de ce que réclame la majorité d’un peuple qui a tant besoin d’être entendu et bien représenté. Sinon, à force de mentir, d’utiliser la religion, de vouloir détourner les règles et les lois, plus personne n’ira voter. C’est la voie ouverte à la dictature et à la brutalité.

Une campagne pour que tout le monde aille voter devrait commencer dès maintenant. Après on ne peut s’en prendre qu’à soi-même.

Par Tahar Ben Jelloun
Le 04/07/2016 à 11h59