Une victoire molle

Tahar Ben Jelloun.

ChroniqueParmi les dégâts collatéraux de la CAN, il y eut quelques incidents où le racisme a pointé son nez. Les réseaux sociaux se sont chargés de diffuser des images et des commentaires peu amènes sur le Maroc et l’équipe des Lions de l’Atlas. Des expressions choisies afin de blesser. Des mots sentant mauvais. De la puanteur et de la bêtise.

Le 26/01/2026 à 11h00

Notre africanité, si toutefois elle existe, a pris un sérieux coup sur la tête. Il a fallu la CAN, il a fallu quelques matchs avec des équipes africaines réputées pour leur jeu physique, voire violent, pour que nos idées sur ce vaste continent refassent surface en des moments de colère, d’incompréhension, des moments où l’irrationnel a repris le dessus.

Nous avons été et nous sommes au-delà du football.

Est-ce que le Marocain est raciste? Me demandait un jour ma fille qui avait à l’époque moins de dix ans.

- Raciste? Bien sûr! Comme tout le monde.

- Et comment ça s’exprime?

- Ça commence par le regard ou pire: l’absence de regard. On ne voit pas l’homme africain à la peau noire. Quand on le voit, on s’en détourne.

Toute société aspirant à la normalité, inclut dans son système un peu de méfiance de l’étranger et parfois carrément un rejet, sans savoir pourquoi. C’est irrationnel.

- Et est-ce que la victime du racisme comme l’homme à la peau noire éprouve elle aussi ce rejet à l’égard des hommes blancs?

- Aucune société ne peut prétendre qu’il n’y a pas de racisme en son sein. Donc l’Africain, il lui arrive lui aussi d’être raciste. C’est commun à toute l’humanité.

Parmi les dégâts collatéraux de la CAN, il y eut quelques incidents où le racisme a pointé son nez. Les réseaux sociaux se sont chargés de diffuser des images et des commentaires peu amènes sur le Maroc et l’équipe des Lions de l’Atlas. Des expressions choisies afin de blesser. Des mots sentant mauvais. De la puanteur et de la bêtise.

C’était prévisible. Le succès magistral de l’organisation, l’état magnifique des stades, la sécurité assurée pour tous, la ferveur du peuple marocain, l’accueil et l’hospitalité traditionnelle des Marocains, tout cela a suscité des jalousies et des incompréhensions inadmissibles. Admiré par certains, jalousé par d’autres, le Maroc a été la cible de sentiments moches et contradictoires. Et M. Abdoulaye Fall, président de la Fédération sénégalaise de football, a tenu des propos diffamatoires contre notre pays. C’est simplement honteux.

«Des asiles psychiatriques pour État n’existent pas encore. Pourtant, ça nous rendrait service que le régime d’Alger se fasse soigner et dégage de notre horizon.»

—  Tahar Ben Jelloun

Ne parlons pas du comportement de certains joueurs algériens et de leurs supporters. Ils ont été odieux. Aucun fair-play. Aucun respect pour la CAN ni pour le pays qui les a si bien accueillis. Mais le régime algérien ne cesse de diffuser de la haine anti-marocaine à tous les niveaux et dans tous les domaines, le sportif en particulier. Laissons-les à leur maladie mentale. Une maîtresse d’école, dans une ville d’Algérie, apprend minutieusement à ses élèves comment haïr les Marocains. C’est une honte et contre ce voisinage funeste et maladif, il n’y a rien à faire.

Des asiles psychiatriques pour État n’existent pas encore. Pourtant, ça nous rendrait service que le régime d’Alger se fasse soigner et dégage de notre horizon.

À travers le football, une modernité efficace et solide a surgi dans plusieurs domaines. C’est une culture et une civilisation qui ont marqué la plupart des matchs. Il est évident que sur un plan physique, certains joueurs africains ont été impressionnants. Choc des corps, choc des cultures! La violence était de mise. Une habitude, une façon d’être naturelle.

Mais cela ne suffit pas à expliquer ce qui s’est passé à la finale. Normalement, une équipe dont une partie des joueurs quitte le match, est immédiatement sanctionnée par l’arbitre. Elle n’est plus en état de poursuivre le match. Mais, voilà, des discussions, voire des négociations eurent lieu. Je ne sais pas à quel niveau. Le fait est que Brahim Diaz est désigné pour tirer le penalty et il le rate, ce qui est bien étrange.

Des amis du Sénégal m’ont envoyé des vidéos où la fête pour la victoire a été indécente. Quelque chose d’amer colle à cette victoire molle. Je ne connais pas tout le règlement, mais on aurait dû laisser passer un jour ou deux et rejouer cette finale avec un vrai jeu, élégant et respectueux du foot.

Mais les faits sont là, et l’organisation de cette journée de rattrapage est de l’ordre du rêve.

Ces équipes se retrouveront en juin prochain aux États-Unis et là, on ne sera plus entre Africains. On est footballeur ou on dégage.

Par Tahar Ben Jelloun
Le 26/01/2026 à 11h00