La Chambre correctionnelle de la Cour d’appel de Rabat a récemment rendu son verdict dans le procès d’un homme accusé d’avoir dirigé une bande criminelle jugée particulièrement dangereuse, spécialisée dans le vol de voitures de luxe en Europe et leur revente sur le marché marocain après falsification de leurs documents officiels. L’accusé, âgé d’une quarantaine d’années et déjà incarcéré à la prison de Tamesna, a été condamné à cinq ans de prison ferme pour constitution de bande criminelle, vol aggravé, falsification de documents officiels et usage de ces documents falsifiés, indique le quotidien Al Akhbar de ce mardi 31 mars.
L’affaire remonte à l’été dernier, lorsque des enquêtes confidentielles menées par la Direction générale de la surveillance du territoire (DGST) ont révélé l’existence d’une bande très organisée dirigée par le prévenu. Les investigations, poursuivies par la Brigade nationale de la police judiciaire, ont permis de suivre une voiture de luxe circulant à Meknès, signalée volée par un citoyen européen. Grâce au suivi GPS, les enquêteurs ont localisé le véhicule, arrêté son conducteur et, par la suite, identifié le principal suspect, qui avait falsifié les documents du véhicule au Maroc après l’avoir volé et introduit illégalement depuis l’étranger.
Les investigations, menées en coordination avec Interpol, ont également révélé que le suspect avait déjà été condamné pour des faits similaires à une peine de huit ans de prison avant de récidiver. Cette fois, il a été reconnu coupable d’avoir volé, en collaboration avec les autres membres de la bande, 19 véhicules de luxe de différentes marques volés en France, Espagne, Belgique et Pays-Bas et principalement retrouvés à Meknès et à Fès. Les documents originaux de ces voitures avaient été minutieusement falsifiés avant leur transfert au Maroc et leur revente, a-t-on lu dans Al Akhbar.
Les résultats de l’enquête technique sur les véhicules saisis ont permis aux forces de l’ordre de piéger le suspect, qui a fini par reconnaître toutes les accusations portées contre lui. Ses aveux ont été pris en compte par la justice, qui a prononcé une peine de cinq ans de prison ferme à son encontre.
La question des réseaux criminels ciblant les voitures de luxe en Europe demeure préoccupante. L’année dernière, la Garde civile espagnole a annoncé le démantèlement d’un réseau international spécialisé dans le vol de véhicules haut de gamme en Europe, leur falsification et leur transfert vers le Maroc. Après neuf mois d’enquête, deux individus ont été arrêtés, quatre autres interrogés et six véhicules de luxe, d’une valeur totale estimée à 285.000 euros, récupérés.
Selon les autorités espagnoles, le réseau commençait ses activités en Italie, où les véhicules étaient volés, avant d’être transférés en France pour modification technique et falsification des documents. Ils étaient ensuite acheminés via l’Espagne vers le port d’Algésiras, point de passage principal vers le Maroc, où ils étaient vendus ou utilisés dans d’autres réseaux criminels. L’enquête a également révélé que le réseau pratiquait d’autres activités illégales, telles que la falsification de documents officiels, l’usurpation d’identité et la fraude commerciale, démontrant son caractère transnational et multifonctionnel.
L’affaire a été soumise au tribunal d’instruction de la Plaza de Castilla à Madrid, qui suit l’évolution judiciaire des personnes arrêtées et la structure du réseau, en coordination avec les autorités européennes de lutte contre la criminalité organisée, en raison de l’étendue de ses activités dans plusieurs pays et de ses possibles liens en Afrique du Nord. Les autorités ont souligné la complexité et la précision de l’opération, qui illustre l’importance de la coopération européenne pour lutter contre la criminalité transfrontalière, notamment les trafics de véhicules de luxe via les voies maritimes.
Cette opération s’inscrit dans le cadre du renforcement du contrôle sur les mouvements de véhicules entre l’Espagne et le Maroc. La Guardia civil a précisé que des véhicules de marques prestigieuses telles que BMW, Audi et Range Rover ont été récupérés, empêchant leur vente illégale au Maroc. L’enquête se poursuit afin d’identifier les réseaux destinataires de ces véhicules en Afrique du Nord, soulignant que le trafic de voitures volées reste l’une des branches les plus lucratives de la criminalité organisée en Europe.




