Avant l’ère pharmaceutique, les hommes cherchaient à améliorer leur performance sexuelle grâce aux aphrodisiaques. L’Antiquité égyptienne et romaine a connu l’usage de miel, ginseng, gingembre, cornes de rhinocéros, huîtres et autres aliments censés échauffer le sang.
Le Moyen Âge et la Renaissance ont utilisé des décoctions à base de différentes plantes et de potions alchimiques parfois dangereuses, tels mercure et plomb.
19ème siècle. Premiers essais médicaux avec des injections hormonales, testostérone extraite des animaux, de stimulants comme la caféine et la cocaïne…
Les arabes et les musulmans ont accordé une grande place à la sexualité dans la médecine, la cuisine et la poésie. Au 9ème et au 10ème siècle, de grands médecins, Al Razi et Avicenne, conseillaient des plantes et épices qui agrémentaient les mets: safran, cardamome, gingembre, noix de muscade, cannelle…
Les textes érotiques s’inscrivent dans une tradition de littérature arabe consacrée à ‘ilm al-ibāh, science de la sexualité, mêlant médecine, érotisme et conseils pratiques*.
Le Maroc, au carrefour de l’Afrique, de l’Europe et du monde arabe, possède un riche répertoire d’aphrodisiaques traditionnels.
L’aphrodisiaque était un renfort naturel, intégré à la cuisine. Aujourd’hui, on observe un glissement vers les stimulants pharmaceutiques. Mais les recettes traditionnelles persistent chez les herboristes.
À partir des années 1950-60, la médecine s’attaque aux dysfonctions érectiles. En 1989, un laboratoire teste une molécule, le sildénafil, pour traiter l’angine de poitrine et découvre, par pur hasard, qu’elle ne soigne pas le cœur, mais… provoque des érections notables chez les volontaires. Ce fut le début de la révolution sexuelle masculine. C’est le premier médicament oral efficace et sûr.
«Les risques de tous ces produits sur la santé sont énormes. Ils génèrent une dépendance psychologique»
— Soumaya Naamane Guessous
Viagra et ses cousins sont nés, mais ils ne seront pas utilisés seulement pour les troubles érectiles. Des jeunes, et même des adolescents, s’en servent pour augmenter la performance, rechercher des sensations intenses, influencés par les films pornographiques et les réseaux sociaux. Par la curiosité et l’envie d’épater leurs partenaires. Ils peuvent les combiner avec de l’alcool ou d’autres drogues lors de soirées, augmentant les risques.
Cette banalisation entraîne un marché parallèle de contrefaçons, souvent dangereuses.
Au Maroc, des stimulants sexuels sont disponibles légalement, vendus librement en pharmacie. Ils peuvent présenter des risques cardiovasculaires et interagir dangereusement avec d’autres traitements.
Le marché informel abonde de produits. Les plus populaires sont le Kamagra (Inde), le Cobra (Thaïlande ou Inde). Encore plus populaires: des miels, appelés miel de virilité, vendus dans des épiceries, par des herboristes, des discothèques, clubs de sport, via les réseaux sociaux, Facebook, Instagram, WhatsApp. 12 à 30 DH le sachet, mais impossible d’en savoir la composition. Tous se présentent comme naturels, mais contiennent des substances chimiques dangereuses.
Contrefaits, avec des doses erronées, ils sont pris sans supervision médicale, avec des risques sanitaires graves comme des troubles cardiovasculaires ou des complications pouvant provoquer la mort subite.
Les produits naturels, vendus comme aphrodisiaques par les herboristes, dans les souks, les marchés populaires et sur Internet, sont courants. Mélanges à base de gingembre, miel, noix, graines de fenugrec, ginseng, poudre de corne ou testicules d’animaux…
Les risques de tous ces produits sur la santé sont énormes. Ils génèrent une dépendance psychologique. La performance sexuelle devient conditionnée par la prise du médicament, sinon la personne se sent handicapée.
Souvent utilisés comme stimulants dans des soirées festives, avec des drogues récréatives comme l’ecstasy ou le cannabis, ils créent des sextasy, sessions sexuelles prolongées et risquées, ou un priapisme, érection prolongée et douloureuse. Une urgence médicale pouvant causer des dommages permanents.
Ces utilisations augmentent les dangers cardiovasculaires, chutes de tension, crises cardiaques, accidents vasculaires, chute massive de la pression artérielle, infarctus, AVC…
La liste est longue: maux de tête, bouffées de chaleur, indigestion, congestion nasale, troubles visuels…
Cette consommation est une tendance mondiale chez les jeunes. En France, le miel a inondé le marché noir. En 2024, les douanes en ont saisi 13 tonnes.
Au Maroc, pas de chiffres récents. Les seuls datent de 2014: les ventes de Viagra et autres stimulants ont atteint 5,57 millions de comprimés.
L’usage par les jeunes de ces produits est une réalité préoccupante. Porté par des standards irréalistes imposés par la pornographie accessible par Internet, un manque d’éducation, et la facilité d’accès à des produits douteux. D’où l’urgence de renforcer les contrôles contre la vente illégale.
Il est essentiel que les jeunes comprennent que la sexualité ne se résume ni à la performance, ni à la taille, ni à la rigidité du pénis. Elle relève avant tout de la relation, du consentement, de l’écoute de soi et de l’autre.
Une mobilisation éducative, médicale et sociale peut prévenir les dérives. Informer les jeunes à travers des programmes de santé sexuelle qui dédramatisent les questions d’érection et de performance, permet de libérer la parole, de réduire l’anxiété et de replacer la sexualité dans une approche saine, humaine et équilibrée.
* «Le Jardin Parfumé» (15ème), Cheikh Nefzaoui.
* Ibn Kamal Basha Zadeh, «Le Retour du Vieux à sa Jeunesse» (Rujūʿ al-Shaykh ilā Ṣibāh) (15ème).





