Plusieurs années après la cessation d’activité des usines de tabac, une ombre persistante plane sur le sort de nombreux anciens travailleurs. Tandis que certains n’ont toujours pas perçu leurs droits légitimes, d’autres sont décédés sans avoir eu la satisfaction de voir leur situation régularisée, leurs dossiers s’enlisant inexorablement dans les méandres judiciaires. «Pourtant, un accord avait été conclu entre les parties pour dénouer la crise, mais la direction de la société concernée persiste à ne pas exécuter ces ententes à l’amiable, cautionnées par des jugements», rapporte Al Ahdath Al Maghribia du 16 février.
Des représentants syndicaux tirent la sonnette d’alarme: deux années se sont écoulées depuis la signature du protocole de conciliation entre la direction de la «Société marocaine de tabacs», des avocats et une coordination représentant des retraités et des veuves. Malgré des promesses réitérées, ces derniers attendent toujours la régularisation de leur situation. «Chaque lueur d’espoir, chaque annonce d’une solution imminente, finit par s’évanouir, laissant place à l’amertume. Cette défection, couplée à l’affaiblissement apparent du rôle de l’institution judiciaire, qui parrainait pourtant cette conciliation, accentue le désarroi des plaignants», affirme le quotidien.
La direction, en se soustrayant à ses devoirs, aggrave la précarité et la souffrance de la plupart des retraités et de leurs proches, pour qui le temps s’égrène dans une attente interminable. Un syndicaliste dénonce les subterfuges employés par la direction pour se dérober à ses responsabilités. Il évoque des manœuvres dilatoires : refus de remettre aux retraités leurs protocoles d’accord individuels, contestation systématique de tout jugement favorable. Par ces agissements, l’entreprise bafoue ouvertement les chartes juridiques régissant les contrats et les traités, et se joue des délais d’exécution.
Les exigences récurrentes de documents superflus et l’instauration de procédures kafkaïennes compliquent davantage l’existence des veuves et des anciens salariés, dont certains, malades et âgés, sont dans l’incapacité de se déplacer. Le cas des ouvriers de l’usine de Tétouan, fermée en 2010, est emblématique : mis à la retraite de manière forcée, ils ont été privés du droit de voir leur situation régularisée, contrairement à d’autres collègues de mêmes grades.
«Face à ce constat, les syndicalistes s’interrogent sur la pertinence d’une conciliation imposée à des retraités qui détenaient déjà des jugements définitifs et exécutoires», note Al Ahdath Al Maghribia. Aujourd’hui, ces derniers se retrouvent dans une impasse: n’ayant pu mener à leur terme les procédures judiciaires, ils ne bénéficient pas non plus de l’accord transactionnel qu’ils ont signé, en raison des atermoiements de la société. Pour les syndicats, la stratégie est claire : la direction de la société joue la montre, pariant que le temps aura raison de la détermination de ces ouvriers et de leurs familles, les privant ainsi de droits chèrement acquis.








