Le marché national de l’oignon traverse une zone de fortes turbulences. Depuis plusieurs semaines, les prix s’envolent sur les étals, franchissant la barre des 14 à 16 dirhams le kilo dans plusieurs régions du Royaume.
À Bouderebala, au cœur de la province d’El Hajeb, les agriculteurs s’activent pour la nouvelle campagne de plantation entre Sabaâ Aïyoun et Aït Boubidmane, mais la récolte actuelle ne sera pas prête avant l’été. «C’est le départ de l’oignon maintenant. La plantation reste en terre jusqu’au mois d’août, elle n’est prête qu’entre le 5 et le 15 août», explique un producteur local.
Cette flambée s’explique avant tout par l’épuisement des stocks de la saison précédente. L’oignon consommé aujourd’hui provient exclusivement des unités de stockage constituées entre juillet et septembre derniers, qu’il s’agisse des «krayer» traditionnels ou des entrepôts frigorifiques.
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«À la récolte, le prix est bas, entre 1 et 2 dirhams le kilo. Mais dès janvier, quand on puise dans les stocks, les cours grimpent. Si nous vendons à 5 dirhams à la ferme, le prix double pour le citoyen à cause de la main-d’œuvre et du transport», souligne l’agriculteur Younes Souini. En cause: des frais journaliers pour les ouvriers oscillant entre 350 et 400 dirhams, couplés à l’impact du prix du carburant sur la logistique.
Au-delà de la saisonnalité, des facteurs structurels et climatiques aggravent la situation. Abderrahim Jalili, producteur dans la zone, pointe du doigt la rétention de stocks ainsi que des pertes physiques importantes durant la conservation: «L’augmentation est due à l’accaparement de certains agriculteurs qui attendent que les prix montent, mais aussi au fait qu’une partie du stock pourrit, parfois la moitié, ce qui fait grimper mécaniquement le prix de ce qui reste.» De plus, le déficit pluviométrique de l’an dernier a fait chuter la productivité à 30 ou 40 tonnes par hectare, contre 60 tonnes habituellement.
Pour pallier ce manque de rendement, des opérateurs ont dû se tourner vers l’importation de produits européens. «Des professionnels ont pris l’initiative d’importer de la marchandise de l’étranger. À Casablanca, elle se vend autour de 6,50 dirhams», indique un investisseur agricole.
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L’espoir d’une accalmie repose désormais sur l’arrivée massive de la «Khodaria» (oignon vert). Malgré les intempéries dans le Gharb et à Sidi Kacem qui ont retardé la maturité des récoltes, les professionnels anticipent une détente rapide: «Dans 20 à 25 jours, l’oignon sera disponible et ne dépassera pas les 10 dirhams sur les marchés.» L’intégration de ces nouveaux volumes devrait enfin stabiliser les prix pour le consommateur marocain.




