«Och Tmâa» et rumeurs d’enlèvement: entre fiction et psychose sociale, l’analyse du Dr Mohssine Benzakour

اختطاف الأطفال

Enlèvement d'enfant. (Photo d'illustration)

Ces derniers jours, des rumeurs autour de l’existence de réseaux organisés d’enlèvement d’enfants et de trafic d’organes ont largement circulé sur les réseaux sociaux, quand la DGSN a rapidement démenti ces allégations. Cette vague de désinformation intervient alors que la série «Och Tmâa», diffusée sur Al Aoula, aborde justement le thème du trafic de nourrissons, un parallèle qui a contribué à semer la confusion chez une partie du public.

Le 15/03/2026 à 14h31

Récemment plusieurs publications virales ont semé l’inquiétude sur les réseaux sociaux, affirmant l’existence de réseaux criminels spécialisés dans l’enlèvement d’enfants et le trafic d’organes. Face à l’ampleur de ces messages, la DGSN a tenu à démentir catégoriquement ces informations, précisant qu’il s’agit de rumeurs infondées.

Selon les autorités, les investigations menées par les services de sécurité à propos de certains incidents relayés en ligne ont révélé qu’il s’agissait essentiellement de malentendus ou d’événements présentés de manière déformée. Plusieurs vidéos massivement partagées seraient ainsi anciennes ou dépourvues de tout caractère criminel.

La propagation de ces rumeurs intervient dans un contexte marqué par la diffusion de la série ramadanesque «Och Tmâa» sur Al Aoula. L’œuvre dramatique met en scène un réseau féminin dirigé par un personnage nommé «Chama», spécialisé dans le trafic de nourrissons. Ce parallèle entre fiction et contenus circulant sur Internet a contribué à brouiller les repères pour une partie du public.

Pour le spécialiste des questions sociales Mohssine Benzakour, ce phénomène peut s’expliquer par des mécanismes psychologiques bien connus. «Lorsqu’un individu suit une œuvre dramatique traitant d’un sujet sensible, notamment lorsqu’il touche à la peur ou à l’image de l’enfant, il a tendance à se projeter dans l’histoire et à l’interpréter comme un prolongement de la réalité», déclare-t-il.

«En psychologie, ce mécanisme est appelé “projection”. Il rend les individus plus enclins à croire des informations qui correspondent aux images mentales construites à travers la fiction», ajoute-t-il. «Aujourd’hui, le public ne se contente plus de regarder une série à la télévision. Les scènes circulent, sont revisionnées et commentées en continu sur les téléphones et les réseaux sociaux, ce qui renforce leur présence dans l’imaginaire collectif», confirme-t-il.

Par ailleurs, certains internautes exploitent ce climat pour créer ce que l’on appelle le buzz. «Certaines personnes diffusent volontairement des contenus choquants ou fabriqués afin d’attirer l’attention et d’augmenter le nombre de vues et d’abonnés», explique-t-il. «Avec les outils numériques et l’Intelligence artificielle, il devient de plus en plus facile de fabriquer des images ou des vidéos trompeuses, ce qui favorise la propagation de fausses informations et la manipulation», ajoute-t-il.

Toutefois, le spécialiste estime que la responsabilité ne peut être attribuée uniquement à la fiction télévisuelle. «Ce phénomène résulte de plusieurs facteurs, notamment l’absence d’éducation aux médias chez une partie du public et la tendance à partager rapidement des contenus sans vérifier leur fiabilité», poursuit-il.

Selon lui, de nombreux internautes fonctionnent désormais selon une logique de réaction immédiate. «Beaucoup d’utilisateurs se contentent de cliquer sur “j’aime” et “partager” sans passer par les étapes essentielles de vérification de la source et d’analyse de l’information», confirme-t-il.

Face à cette situation, Mohssine Benzakour appelle à renforcer l’éducation aux médias. «Il est essentiel de développer l’esprit critique et d’encourager les citoyens, notamment les jeunes, à vérifier les informations avant de les diffuser», conclut-il. Le spécialiste insiste enfin sur la responsabilité collective dans la circulation de l’information, rappelant que la propagation de fausses rumeurs peut alimenter un climat d’inquiétude et de pression psychologique au sein de la société.

Par Ghania Djebbar
Le 15/03/2026 à 14h31