Un tiers des Marocains vivent en milieu rural, des territoires qui couvrent à eux seul près de 90% du Royaume. Derrière ces chiffres, une question centrale s’impose, indique le quotidien Al Ahdath Al Maghribia de ce vendredi 27 mars: «celle de l’accès équitable au transport et à la mobilité pour des millions de citoyens encore confrontés à de fortes disparités». Dans ce contexte, le président du Conseil économique, social et environnemental, Abdelkader Amara, a souligné, lors d’une rencontre le mercredi 25 mars 2026 pour présenter les conclusions d’un avis consacré au transport rural, «l’ampleur du décalage entre l’étendue du monde rural et la faiblesse des services de transport censés en assurer l’intégration économique et sociale. Selon lui, cette problématique met en lumière une contradiction structurelle entre le poids territorial du monde rural et les moyens limités qui lui sont consacrés en matière de mobilité».
Le Conseil justifie son intérêt pour cette question par «le rôle déterminant du transport rural dans l’amélioration des conditions de vie et la réduction des inégalités territoriales. L’institution rappelle d’ailleurs qu’elle accorde une attention constante aux dynamiques du monde rural, à travers plusieurs rapports portant notamment sur les zones montagneuses, l’habitat rural, les marchés hebdomadaires ou encore la gouvernance territoriale», a-t-on pu lire dans Al Ahdath Al Maghribia. Les chiffres présentés à cette occasion «illustrent clairement l’ampleur de ce défi», écrit le quotidien, précisant que «le monde rural s’étend sur plus de 90% du territoire et abrite plus de 13,7 millions d’habitants, soit 37,2% de la population totale. Une réalité qui implique des besoins considérables en matière de transport, loin d’être satisfaits aujourd’hui». Le Conseil a donc constaté «un écart structurel entre cette vaste étendue géographique et les besoins réels des populations», Abdelkader Amara insistant «sur le fait que le transport constitue un levier essentiel pour l’autonomisation économique et l’inclusion sociale des populations rurales» et rappelant «que la mobilité relève du droit constitutionnel à la libre circulation, condition préalable à l’accès à des droits fondamentaux tels que l’éducation, la santé ou l’emploi. Dès lors, les défaillances du transport rural ne se limitent pas à un simple problème sectoriel, mais traduisent un déséquilibre plus profond en matière de justice territoriale».
Le quotidien signale que «sur le plan des infrastructures, des progrès ont certes été réalisés. Les programmes de désenclavement ont permis d’améliorer sensiblement la circulation des personnes et des marchandises, avec un taux d’accès aux routes praticables toute l’année passé de 54% en 2005 à 81% en 2022. Toutefois, ces avancées restent inégalement réparties. Certaines zones, notamment montagneuses ou isolées, continuent de souffrir d’un enclavement persistant». À cela, «s’ajoutent la dégradation des routes non classées, le manque d’entretien durable et les risques accrus d’accidents, écrit le quotidien.
S’agissant des services de transport, les dysfonctionnements apparaissent plus marqués. Le secteur est caractérisé par une série de contraintes structurelles, notamment la prédominance du transport mixte souvent assuré par des véhicules vétustes et insuffisamment encadrés, une couverture insuffisante des taxis et des autocars dans les zones reculées, la fragilité du transport scolaire en raison du manque de moyens et d’une absence de planification globale, ainsi que les lacunes du transport sanitaire et les retards dans les interventions d’urgence. Le transport professionnel reste lui aussi largement dominé par l’informel».
Ce constat, indique le quotidien, «met en évidence un système fragmenté, où les différents modes de transport fonctionnent sans véritable coordination. Le président du Conseil pointe également des insuffisances en matière de cadre juridique et de gouvernance. Le secteur ne bénéficie pas d’un dispositif réglementaire spécifique clairement structuré, et souffre d’un manque de contrôle, du non-respect des conditions d’exploitation et de l’absence d’une vision intégrée et durable de la mobilité en milieu rural». Le Conseil en appelle donc à «l’élaboration d’un plan global et durable de transport rural, qui s’inscrirait comme un pilier du futur pacte national pour la mobilité durable à l’horizon 2035, en tenant compte des spécificités des différents territoires ruraux». Ses membres préconisent également de faire du transport «un levier de développement, en rapprochant les services des populations, en renforçant la sécurité et la durabilité des infrastructures, et en améliorant la qualité des prestations».








