Médicaments: une ONG critique la «réforme mercantile» du Conseil de la concurrence

Stock de médicaments dans une pharmacie.

Revue de presseDans une lettre ouverte adressée au chef du gouvernement et au ministre de la Santé, le Réseau marocain pour la défense du droit à la santé et à la vie (RMDDS) exprime sa plus vive opposition aux récentes recommandations du Conseil de la concurrence. Le RMDDS dénonce une vision qu’elle juge «purement commerciale», susceptible de compromettre la sécurité sanitaire de la nation et de réduire à néant des décennies d’acquis sociaux. Cet article est une revue de presse tirée d’Al Ahdath Al Maghribia.

Le 24/02/2026 à 18h21

Le Réseau marocain pour la défense du droit à la santé et à la vie (RMDDS) a vivement réagi aux dernières préconisations du Conseil de la concurrence relatives à la refonte du circuit de distribution pharmaceutique. Dans une missive adressée au chef du gouvernement et au ministre de la Santé, l’organisation déplore que ces propositions «adoptent un point de vue purement mercantile, occultant délibérément la nature vitale et éminemment sociale du médicament».

Pour le RMDDS, ces orientations constituent une menace directe pour la souveraineté pharmaceutique nationale, relaie Al Ahdath Al Maghribia de ce mercredi 25 février. L’alerte est d’autant plus sérieuse que, selon le réseau, «cette mesure pourrait sonner le glas de l’indépendance du pharmacien et transformer l’officine, sanctuaire du soin, en une simple unité commerciale régie par la seule logique du profit». C’est fermement que le RMDDS condamne ces recommandations, y voyant les «prémices d’un démantèlement du modèle de santé existant».

L’association met en garde contre les «dangers d’une distribution hors du cadre légal, que ce soit via des plateformes numériques ou au sein de grandes surfaces. Une telle libéralisation, argumente-t-elle, entraînerait inévitablement l’«effondrement des mécanismes de contrôle professionnel», favorisant ainsi la «prolifération d’une automédication anarchique» et accroissant «les risques d’intoxication et de contrefaçon».

Au-delà des risques sanitaires, la note souligne les lourdes répercussions sociales et économiques d’une telle réforme. L’apparition de «déserts pharmaceutiques» dans les zones rurales et les quartiers défavorisés est à craindre, suite à la faillite probable des officines de proximité. Par ailleurs, le RMDDS redoute une orientation des prescriptions vers des «produits plus lucratifs pour les industriels», au détriment de ceux qui sont «médicalement plus adaptés pour le patient». Cette dérive, couplée à une libéralisation des prix, ne manquerait pas «d’alourdir la facture médicale des familles marocaines, creusant un peu plus les inégalités sociales face à l’accès aux soins», s’alarme le quotidien.

Enfin, le RMDDS pointe une faille majeure dans le diagnostic du Conseil de la concurrence: ses recommandations négligent les véritables causes de la cherté des médicaments, dont les prix peuvent atteindre, dans certains cas, 600% de plus que dans le pays où la production de leur molécule à grande échelle a d’abord été initiée. En se focalisant uniquement sur les marges bénéficiaires des pharmaciens, l’instance passerait «à côté du problème», indique Al Ahdath Al Maghribia. Fort de ce constat, le réseau appelle de ses vœux «une réforme radicale et équitable», exigeant «le retrait immédiat de toute proposition visant à privatiser le capital des pharmacies ou à libéraliser les prix d’une manière qui porterait atteinte au droit fondamental à la santé».

Par Hassan Benadad
Le 24/02/2026 à 18h21