Le verdict inattendu de la CAN: quand la commission disciplinaire réécrit le scénario de la finale

Des supporters sénégalais tentent d’envahir la pelouse au cours de la finale de la CAN 2025, qui a opposé leur sélection à celle du Maroc. (Photo by Paul ELLIS / AFP). AFP or licensors

Revue de presseÀ la suite de l’incident ayant marqué la finale de la Coupe d’Afrique des Nations, la commission de discipline de la CAF a rendu une décision qui a sidéré les observateurs. En requalifiant le retrait du terrain du Sénégal en simple «comportement antisportif», elle a évité l’application des règlements les plus stricts, épargnant ainsi aux Lions de la Teranga des sanctions draconiennes, tandis que le Maroc, partie lésée, se voyait infliger de sévères pénalités. Une jurisprudence surprenante qui interroge sur l’équité et la préservation de l’image du football africain. Cet article est une revue de presse tirée d’Al Ahdath Al Maghribia.

Le 29/01/2026 à 18h47

Contre toute attente, la commission de discipline de la Confédération Africaine de Football (CAF) a choisi une interprétation pour le moins clémente de l’incident qui a suspendu la finale de la CAN. Alors que la scène d’un départ collectif des joueurs sénégalais vers les vestiaires, suite à l’octroi d’un penalty en faveur du Maroc, laissait présager des sanctions exemplaires, l’instance a opéré un réajustement sémantique notable. Elle a requalifié cet acte en «comportement antisportif», écartant ainsi délibérément la qualification de retrait du match, laquelle aurait impliqué l’application rigoureuse des articles 82 et 84 du règlement, rapporte Al Ahdath Al Maghribia de ce vendredi 30 janvier.

Cette décision a eu pour effet de protéger le Sénégal de conséquences plus lourdes, telles qu’une exclusion de la prochaine édition ou la rétrocession du titre. À la place, la Fédération sénégalaise a écopé d’une amende de 300 000 dollars pour manquement aux «principes de jeu propre, de loyauté et d’intégrité». Le sélectionneur Pape Thiaw, bien que filmé incitant ses joueurs à quitter la pelouse, a été suspendu pour cinq rencontres de qualification et condamné à une amende de 100 000 dollars.

Les joueurs Iliman Ndiaye et Ismaïla Sarr ont écopé de deux matchs de suspension pour protestation envers l’arbitre. En revanche, l’ensemble de l’équipe ayant effectivement quitté le terrain –un geste que le joueur Ibrahim Mbaye a lui-même assimilé à une forfaiture sur les réseaux sociaux– n’a fait l’objet d’aucune suspension collective.

Dans un retournement de situation paradoxal, c’est la Fédération Royale Marocaine de Football (FRMF), partie plaignante, qui a hérité des sanctions financières et sportives les plus marquées. Une amende globale de 315 000 dollars lui a été infligée pour des irrégularités commises par son staff et son public (ramasseurs de balles, intrusion dans la zone VAR, utilisation de lasers). Le capitaine Achraf Hakimi et le joueur Ismael Saibari ont également été suspendus pour plusieurs rencontres. Enfin, la demande marocaine d’annulation du résultat du match, motivée par l’interruption de quatorze minutes, a été rejetée par la commission.

Ce verdict, perçu comme une profonde injustice par de nombreux observateurs, inverse les rôles présumés de victime et de coupable, écrit Al Ahdath Al Maghribia. En refusant de qualifier le retrait du terrain pour ce qu’il était matériellement, la commission disciplinaire a instauré une jurisprudence qui semble privilégier l’atténuation des sanctions au détriment d’une application stricte du règlement, laissant planer un doute sur la volonté de la CAF de préserver, en toute circonstance, l’intégrité et la réputation du football continental. La FRMF dispose d’un délai de sept jours pour faire appel de ces décisions avant de recourir au Tribunal Arbitral du Sport (TAS).

Par Hassan Benadad
Le 29/01/2026 à 18h47