Le Maroc traverse actuellement une situation environnementale «rare», liée à ce que l’universitaire et climatologue Mohammed Said Karrouk qualifie de «retour de l’eau», après de longues années de sécheresse.
Dans un entretien accordé à Le360, l’expert explique que la situation actuelle reste pourtant normale. Selon lui, la sécheresse constitue la règle au Maroc: elle est structurelle et remonte à plusieurs siècles. La région à laquelle appartient le Maroc est, par nature, une zone aride. À l’inverse, l’abondance de l’eau représente l’exception, même si elle demeure une certitude à long terme, quelle que soit la durée des périodes de sécheresse et les dégâts qu’elles engendrent.
«Ce retour des pluies a joué un rôle déterminant dans la construction de la civilisation marocaine et la stabilité de son peuplement. Sans ces conditions naturelles cycliques, aucune ville ni aucun État n’auraient pu se développer durablement» déclare t-il sans ambages.
Concernant l’intensité des précipitations enregistrées ces derniers jours, Mohammed Said Karrouk estime qu’elles demeurent «normales», même lorsque les volumes sont élevés ou que les épisodes pluvieux sont prolongés. Toutefois, leur survenue après plusieurs années de sécheresse a généré certaines perturbations. Celles-ci s’expliquent par les mécanismes propres à la dynamique des masses d’air froides et chaudes, qui obéissent à des lois climatiques immuables.
«Les épisodes observés dans des villes comme Tétouan ou Safi sont dus au détachement d’une partie des masses d’air froid de leur noyau principal, lesquelles s’infiltrent dans une zone dominée par de l’air chaud. Cette situation provoque une forte instabilité atmosphérique et un conflit vertical entre l’air froid et l’air chaud, dont l’issue est la formation d’orages violents», explique le climatologue.
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Ces orages entraînent alors une libération brutale de la vapeur d’eau contenue dans les masses d’air chaud: sous forme de pluies dans les zones à températures positives et sous forme de neige dans les régions où les températures sont négatives, notamment dans les massifs montagneux du Royaume.
Abordant la question du lien entre le nouveau régime climatique et les infrastructures, Mohammed Said Karrouk estime que les quantités de précipitations actuelles ne sont plus compatibles avec les infrastructures existantes. Le véritable problème, selon lui, réside dans le fait que ces phénomènes climatiques sont encore analysés à travers des référentiels anciens, devenus obsolètes. Ils sont souvent qualifiés d’«exceptionnels», alors qu’ils constituent désormais une caractéristique structurelle du nouveau climat.
Il rappelle que les infrastructures du Maroc, à l’instar de celles de nombreux pays, sont issues de modèles de conception développés aux XIXème et XXème siècles. Or, le XXIème siècle est marqué par un climat radicalement différent, avec des pluies plus intenses, plus concentrées et plus imprévisibles. Les paramètres ayant présidé à la conception des infrastructures anciennes ne sont donc plus adaptés. De nouveaux critères et approches s’imposent donc pour faire face aux défis du changement climatique actuel.







