Îles Canaries: la disparition de mineurs marocains révèle l’emprise des réseaux criminels

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Revue de presseAux îles Canaries, les disparitions récurrentes de mineurs marocains au sein des structures d’accueil révèlent une réalité alarmante. Les autorités espagnoles y voient désormais la main de réseaux transnationaux organisés. Cet article est une revue de presse tirée du quotidien Assabah.

Le 09/01/2026 à 20h29

Les autorités des îles Canaries ont alerté mercredi dernier sur une évolution inquiétante du phénomène des disparitions de mineurs marocains hébergés dans les centres d’accueil de l’archipel. Longtemps considérées comme des cas isolés, ces disparitions répétées sont désormais perçues comme le signe révélateur de l’activité de réseaux criminels organisés, qui exploitent la vulnérabilité des enfants migrants et transforment le parcours migratoire en un piège propice à toutes les formes d’abus et d’exploitation.

Selon un rapport officiel repris par le quotidien Assabah dans son édition du weekend des 10 et 11 janvier, chaque nouveau signalement renforce les soupçons quant à l’existence d’organisations transnationales opérant dans l’ombre et tirant profit de ce que les autorités qualifient de «saignée silencieuse». Les îles Canaries occupent aujourd’hui la première place en Espagne en matière de disparitions de mineurs placés sous protection. Pas moins de 785 enfants ont disparu des centres d’hébergement, des cas ayant été classés après que les intéressés sont restés introuvables pendant plus d’un an ou ont atteint la majorité durant leur fuite.

Les données officielles indiquent que les mineurs marocains représentent près de 60% de l’ensemble de ces disparitions, les plaçant au cœur d’une crise devenue structurelle. Pour la seule année 2024, 3.767 signalements de disparition de mineurs ont été enregistrés dans l’archipel. Les statistiques du ministère espagnol de l’Intérieur montrent que la province de Las Palmas affiche le taux le plus élevé au niveau national, concentrant plus de 87% des déclarations concernant des personnes de moins de 18 ans. Ces chiffres mettent en lumière les défaillances profondes du système de protection des mineurs, soumis à une pression extrême en raison de l’afflux continu de nouveaux arrivants, écrit Assabah.

Les disparitions sont étroitement liées à l’arrivée massive de mineurs non accompagnés par les routes de la migration irrégulière. Les centres d’accueil des Canaries hébergent actuellement environ 4.500 mineurs, soit près de trois fois leur capacité initiale. Cette saturation crée un environnement fragile, facilement infiltrable par des réseaux de traite et de trafic, capables d’identifier et de cibler les profils les plus exposés.

Les inquiétudes se sont accentuées après le démantèlement par la police nationale espagnole d’un réseau international composé de onze individus, soupçonnés d’organiser le transfert illégal de mineurs depuis les Canaries vers la France. Les investigations ont révélé que ces groupes utilisaient les centres d’hébergement comme points de passage, profitant de leur caractère ouvert et de l’absence de restrictions strictes sur les déplacements des mineurs.

L’enquête a été déclenchée à la suite de la disparition de treize mineurs d’un centre situé à Arrecife, sur l’île de Lanzarote, ainsi que d’un autre adolescent hébergé à San Bartolomé de Tirajana, sur Grande Canarie, entre la fin de l’année 2024 et la mi-2025. Par ailleurs, trois mineurs ont été interceptés alors qu’ils tentaient d’embarquer à l’aéroport de Lanzarote sur un vol à destination de Madrid, sans autorisation légale, accompagnés d’un adulte soupçonné d’être lié au réseau.

Par La Rédaction
Le 09/01/2026 à 20h29