Hajar Bouzaidi, première marocaine à briser le plafond de verre de la plongée

Hajar Bouzaidi. (S.Kadry/Le360)

Le 15/03/2026 à 20h05

VidéoPremière femme marocaine à devenir monitrice de plongée deux étoiles, Hajar Bouzaidi s’impose dans un univers longtemps dominé par les hommes. Entre passion précoce pour la mer, parcours scientifique exigeant et exploits sous-marins, cette native de Tétouan a atteint 62 mètres de profondeur et fait de l’exploration des océans une vocation au service de la transmission et de la recherche.

Originaire de Tétouan, Hajar Bouzaidi a réussi à s’imposer dans un domaine longtemps dominé par les hommes: la plongée sous-marine. À 36 ans, elle devient la première marocaine à atteindre 62 mètres de profondeur et décroche un diplôme d’encadrement qui lui vaut le titre de première femme monitrice de plongée deux étoiles au Maroc.

Son lien avec la mer ne relève pas du hasard. Dès son enfance, elle développe une passion pour la natation et la beauté du littoral, profitant de la proximité de la mer Méditerranée où elle passe l’essentiel de son temps en famille, entre Martil et M’diq-Fnideq.

Dans une déclaration pour Le360, elle indique qu’elle entretient une relation profonde avec l’océan: «Je ressens un immense apaisement face à l’océan. La mer n’était pas seulement un beau paysage, mais un univers qui éveillait ma curiosité et me poussait à m’interroger: que cache la profondeur? Quels secrets se dissimulent sous cette surface bleue?»

Cette curiosité a influencé son parcours académique. Titulaire d’un doctorat en biologie et biologie marine de l’université Abdelmalek Essaâdi de Tanger, elle explique que son intérêt scientifique l’a menée vers un master en environnement marin et aquaculture, avant de poursuivre jusqu’au doctorat avec une spécialisation en biologie et ressources marines, afin de mieux comprendre cet univers et contribuer à sa protection.

Hajar confie également nourrir une véritable passion pour les contenus consacrés aux océans, en particulier les documentaires du commandant Jacques-Yves Cousteau. L’idée de se mettre à la plongée germe durant sa thèse, lorsque les chercheurs doivent faire appel à des plongeurs pour prélever des échantillons marins. «Je me demandais sans cesse pourquoi nous, spécialistes du domaine, ne plongions pas nous-mêmes pour mener nos recherches.»

Des premières immersions à la maîtrise des profondeurs

«Tout était nouveau pour moi», raconte-t-elle à propos de ses débuts. Mais l’entraînement, la discipline et la confiance en soi transforment progressivement la peur en moteur de progression.

Sa première véritable plongée en profondeur est le fruit d’un long apprentissage, d’efforts soutenus et de multiples essais. Elle ne s’arrête plus ensuite: la plongée devient un rituel quotidien, pratiqué été comme hiver, jalonné de moments de joie à mesure que ses performances s’améliorent.

Jamais l’abandon ne lui traverse l’esprit. «Je n’ai jamais pensé à renoncer, simplement parce que j’aime profondément ce domaine et que je prends plaisir à tout ce que j’y apprends», affirme-t-elle.

La transition du statut de plongeuse amateure à celui de Guide de Palanquée constitue l’étape la plus exigeante de son parcours. À ce niveau, la responsabilité change d’échelle: «On ne plonge plus uniquement pour soi. On devient garant de la sécurité de toute l’équipe. Cela exige concentration, expérience et grande confiance en soi

Cette phase marque un tournant: elle façonne son leadership sous l’eau et renforce sa rigueur professionnelle, dans un environnement où la moindre erreur peut avoir de lourdes conséquences.

Hajar Bouzaidi franchit ensuite un nouveau cap en devenant monitrice de plongée. Un défi d’une autre nature: «Il ne s’agit plus seulement de technicité. La pédagogie devient essentielle: savoir transmettre, accompagner les débutants et leur donner un sentiment de sécurité sous l’eau

Au terme d’un entraînement intensif, elle cumule plus de 300 plongées et atteint 62 mètres de profondeur, un record féminin marocain, décrochant son brevet d’encadrement en présence des membres de la commission technique de la Fédération royale marocaine de plongée et activités subaquatiques.

Cette reconnaissance la pousse à poursuivre son exploration des fonds marins au Maroc et à l’international. En 2023, elle prend part à des stages et rencontres scientifiques en Égypte et en Tunisie, recevant plusieurs attestations honorifiques.

Un rêve qui continue

Mais pour elle, l’aventure ne fait que commencer. «Les rêves ne s’arrêtent jamais», dit-elle. Elle ambitionne de développer la plongée scientifique pour mieux encadrer étudiants et chercheurs en sciences marines et les rapprocher de l’observation directe du monde sous-marin.

Elle veut également explorer de nouveaux sites, connus ou encore méconnus, riches en biodiversité et en ressources marines.

Parmi ses expériences marquantes, figure une immersion en mer Rouge, où elle nage pour la première fois aux côtés de trois espèces de requins et de dauphins. «Une expérience exceptionnelle, un rêve devenu réalité», confie-t-elle, exprimant aussi son souhait de participer à des projets scientifiques et environnementaux dédiés à la protection de la vie marine.

Aujourd’hui, sa passion s’exprime pleinement dans son activité d’enseignante auprès d’étudiants en master d’aquaculture, à qui elle transmet son expérience, tout comme aux plongeurs marocains, notamment les professionnels du secteur. Pour Hajar Bouzaidi, l’exploration des profondeurs reste une vocation sans équivalent.

Par Said Kadry
Le 15/03/2026 à 20h05