Gaspillage alimentaire: plus de 4,2 millions de tonnes de nourriture jetées chaque année

Des déchets ménagers gisent près d'une benne à ordures. En moyenne, selon des estimations statistiques du PNUE pour 2024, au Maroc, près de 113 kg de nourriture sont annuellement gaspillées par habitant.. DR

Revue de presseLa gabegie alimentaire atteint des proportions préoccupantes, selon le Conseil économique, social et environnemental (CESE), qui annonce que les ménages jettent chaque année plus de 4,2 millions de tonnes de nourriture (près de 113 kg par habitant). Parmi les produits les plus gaspillés, le pain, un «pilier de l’alimentation nationale», avec près de 40 millions d’unités jetées chaque jour, ce qui entraîne des pertes économiques estimées à près d’un milliard de dollars par an. Cet article est une revue de presse tirée du quotidien Al Akhbar.

Le 12/03/2026 à 20h28

Le rapport du CESE consacré à la perte et au gaspillage alimentaires au Maroc, rendu public le mercredi 4 mars dernier, révèle l’ampleur d’une problématique aux implications économiques, sociales et environnementales majeures. Selon des estimations établies par les auteurs de ce document, relayées par Al Akhbar de ce vendredi 13 mars, «les ménages marocains jettent chaque année plus de 4,2 millions de tonnes de produits alimentaires encore consommables».

Se basant sur des statistiques du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) pour l’année 2024, le CESE affirme que «le gaspillage alimentaire au sein des foyers marocains atteint en moyenne 113 kilogrammes par personne et par an. Parmi les produits les plus concernés figure le pain, aliment central du régime alimentaire national. À lui seul, il représenterait près de 40 millions de pièces jetées chaque jour dans les ménages». Pour les auteurs de ce rapport, cette situation «reflète l’ampleur des pertes tout au long d’une chaîne alimentaire stratégique, tant sur le plan nutritionnel qu’économique. Dans la filière du blé et de ses dérivés, les pertes et gaspillages sont estimés à près de 4 millions de tonnes par an, soit environ 36% de l’offre nationale totale. La part la plus importante est enregistrée dans le secteur de la boulangerie et de la pâtisserie, suivi par celui des minoteries. L’ensemble de ces pertes représente un coût économique évalué à près d’un milliard de dollars par an, soit environ 10 milliards de dirhams», relaie le quotidien.

Mis à part cette gabegie financière, le CESE a tenu à avertir les lecteurs de ce document de ses «conséquences sociales», car «les pertes alimentaires affectent les producteurs et les distributeurs, tout en pouvant influencer la disponibilité des denrées sur le marché. Elles contribuent ainsi à fragiliser davantage les ménages à revenus modestes», indique Al Akhbar.

Les répercussions environnementales de ce gaspillage alimentaire sont également importantes: «chaque année, plus de 1,6 milliard de mètres cubes d’eau sont mobilisés pour produire des aliments qui ne seront finalement pas consommés. Par ailleurs, la décomposition des déchets alimentaires contribue à la pollution et à l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre, accentuant la pression sur les ressources naturelles», explique le quotidien, relayant les auteurs de ce rapport. Pour Abdelkader Amara, président du CESE, il faudrait établir «un plan d’action ciblé pour réduire les pertes et le gaspillage alimentaires (...) l’étude de cette problématique s’impos[ant], en raison de son impact croissant sur les modèles de production, de distribution et de consommation, dans l’objectif (...) d’assurer une utilisation plus rationnelle des ressources, et de renforcer leur durabilité».

Le président du CESE a rappelé que la problématique des gabegies alimentaires concerne «toutes les étapes de la chaîne de valeur alimentaire. Dans certaines filières agricoles, notamment celles des fruits, des légumes et des céréales, les pertes peuvent atteindre entre 20 et 40% au cours des phases de production, de récolte, de stockage et de transport». Aussi, les membres du CESE recommandent «d’intégrer la lutte contre les pertes et le gaspillage alimentaires au cœur d’une future stratégie nationale de l’alimentation durable», une action qui permettrait de «renforcer la souveraineté et la sécurité alimentaires du pays tout en favorisant un modèle alimentaire plus équitable, résilient et respectueux des habitudes de consommation des ménages marocains», relaie Al Akhbar.

Parmi les mesures proposées par les auteurs de ce rapport, «l’élaboration d’un plan d’action spécifique» à intégrer «à cette stratégie nationale», mais aussi de favoriser «l’adoption d’une loi dédiée à la lutte contre le gaspillage alimentaire». Le CESE suggère aussi «de clarifier les règles relatives aux dates de péremption des produits alimentaires, en distinguant plus clairement les mentions liées à la sécurité sanitaire de celles concernant la qualité des produits», a-t-on pu lire dans le quotidien.

Autres recommandations du CESE: l’installation «d’un mécanisme de gouvernance associant les départements ministériels concernés, le secteur privé et la société civile, afin de coordonner les actions et d’assurer la cohérence des politiques publiques dans ce domaine», relaie Al Akhbar, de même que «la création d’un observatoire national chargé de collecter et d’harmoniser les données, de produire des indicateurs et d’élaborer des analyses stratégiques permettant d’orienter les mesures correctives».

Les membres du CESE insistent, par ailleurs, sur «la nécessité de renforcer les infrastructures de stockage et de transport dans les régions à fort potentiel agricole», avec cette suggestion: des «installations de conservation protégées des facteurs climatiques ainsi que d’entrepôts frigorifiques alimentés à l’énergie solaire pour prolonger la durée de vie des produits périssables». Les auteurs du rapport préconisent aussi de créer des «unités de transformation de proximité, y compris des structures mobiles capables de traiter rapidement les récoltes et de valoriser les produits fragiles» et appellent «à promouvoir les circuits courts de commercialisation et à mieux organiser les marchés afin de réduire le nombre d’intermédiaires, limiter les pertes logistiques et améliorer les revenus des producteurs». Enfin, indique le quotidien, le CESE «plaide pour l’encouragement des entreprises à adopter des pratiques de recyclage et de réutilisation, tout en facilitant le don des excédents alimentaires grâce aux incitations fiscales existantes».

Par La Rédaction
Le 12/03/2026 à 20h28