La fraude foncière dans le périmètre urbain d’El Jadida a cessé d’être une simple transgression anecdotique ou une erreur administrative pour se muer en un système rodé, dont l’excellence coupable est l’apanage d’un puissant lobby immobilier. Cette coterie a fait de l’évasion fiscale sa spécialité. Son mode opératoire est aussi simple que pernicieux: attribuer une qualification agricole fictive à des terrains situés en zone urbaine afin de se soustraire aux taxes communales, au premier rang desquelles celle sur les terrains non-bâtis, rapporte Al Akhbar de ce week-end (14 et 15 mars).
Les conséquences pour les finances publiques sont désastreuses. En se jouant de leurs obligations, ces fraudeurs privent les communes de ressources financières substantielles, lesquelles devraient légitimement irriguer des projets de proximité et l’aménagement d’infrastructures vitales pour la population.
L’aberration ne s’arrête pas là. Pour parfaire leur forfait et se prémunir de toute action des services fiscaux, ces spéculateurs se procurent des attestations administratives.
Ces documents les disculpent de leur fraude en cours mais leur offrent, paradoxalement, le sésame pour édifier ultérieurement des constructions sur ces mêmes terrains. Ce paradoxe juridique flagrant jette une lumière crue sur les lacunes des procédures de contrôle et interroge, avec une acuité nouvelle, la chaîne de responsabilité et l’exigence de reddition des comptes.
Les terrains jouxtant les facultés d’El Jadida offrent une illustration édifiante de cette grave violation. Des bâtiments y ont été érigés sur des parcelles pourtant antérieurement présentées comme agricoles, selon un schéma qui s’est répété sur d’autres sites de la ville, toujours avec la même méthode et la même finalité frauduleuse.
La persistance de ces agissements n’affecte pas seulement la justice fiscale. Elle menace directement l’équilibre du tissu urbain et l’intégrité environnementale de la cité. Elle sape, plus profondément encore, la confiance des citoyens dans leurs institutions et se dresse en totale opposition avec les directives royales visant à assécher les sources de l’économie de rente, à lutter contre la corruption et à combattre toutes les formes de trafic d’influence.
Face à la gravité de ces manquements, des acteurs de la société civile ont pris leur bâton de pèlerin. Ils lancent un appel solennel et urgent au gouverneur de la province d’El Jadida. Ils le pressent d’ordonner l’ouverture d’une enquête approfondie et responsable sur l’ensemble des suspicions entourant la délivrance de ces certificats litigieux, écrit Al Akhbar.
Leur exigence est claire: déterminer avec précision les responsabilités juridiques, appliquer les sanctions nécessaires à tous les niveaux de la chaîne des intervenants afin de préserver l’argent public, de restaurer la dignité de l’État et de rendre justice à une ville dont les honnêtes citoyens, eux, s’acquittent de leurs devoirs sans fraude ni détournement de la loi.








