Fleuves du Maroc: la Moulouya, entre majesté naturelle et défis environnementaux

وديان المغرب: وادي ملوية.. بين سحر الطبيعة وواقع التحديات البيئية

Le plus long fleuve du Maroc, la Moulaya. (M.Chellay/Le360)

Le 23/02/2026 à 15h00

VidéoPlus long fleuve du Royaume, la Moulouya traverse montagnes, plaines et littoral méditerranéen sur plus de 500 kilomètres. Véritable colonne vertébrale hydrique de l’Oriental, elle incarne à la fois un patrimoine naturel d’exception et un écosystème fragilisé par les barrages, la raréfaction des pluies et la pression humaine.

S’étirant sur 520 kilomètres, la Moulouya prend naissance dans les hauteurs de l’Atlas avant de rejoindre les eaux de la Méditerranée, comme si elle racontait l’histoire d’un territoire tout entier.

De ses sources froides culminant à plus de 1.600 mètres d’altitude jusqu’à son embouchure entre Ras El Ma et la ville de Saïdia, le fleuve relie trois chaînes montagneuses et trois zones climatiques distinctes. Il façonne ainsi l’un des bassins hydrauliques les plus singuliers du Maroc. Avec un bassin versant d’environ 30.000 km², la Moulouya ne représente pas seulement un espace géographique: elle constitue un territoire de vie, irriguant villes et villages, soutenant l’agriculture, l’approvisionnement en eau potable et la production énergétique.

La Moulouya naît à la jonction du Haut et du Moyen Atlas, où convergent les écoulements issus d’Aghbala et d’Aklmam Sidi Ali. Elle s’écoule ensuite vers l’est à travers les plaines de Guercif, renforcée par les apports hydriques de Tikajouine et du mont Ayachi, au nord de Midelt. De cette complexité hydrographique naît son nom et commence son long parcours.

Dans son cours supérieur, le fleuve traverse Boumia et Zaïda avant d’atteindre le lac du barrage Hassan II, doté d’une capacité de stockage de 392 millions de mètres cubes. Il reçoit également les eaux de l’oued Ansegmir, issu du mont Ayachi, où se trouve le barrage de Tamalout.

À la confluence des oueds dans la province de Taourirt, la Moulouya accueille son principal affluent, l’oued Za, avant d’être régulée par une infrastructure stratégique: le barrage Mohammed V. D’une capacité actuelle d’environ 690 millions de mètres cubes, avec une ambition d’atteindre un milliard après surélévation, cet ouvrage constitue un pilier de la sécurité hydrique et agricole de l’Oriental.

À l’approche de Nador, le fleuve longe les monts Beni Snassen, surplombe la plaine de Triffa dans la province de Berkane, puis se jette dans la Méditerranée, emportant avec lui la mémoire des neiges, des oasis et des plaines semi-arides.

Singularité géographique

La valeur environnementale de la Moulouya ne tient pas seulement à sa longueur, mais au fait qu’elle est pratiquement le seul fleuve marocain alimenté par trois grandes chaînes: le Haut Atlas, le Moyen Atlas et le Rif. Cette diversité géographique se traduit par une richesse biologique remarquable et des écosystèmes imbriqués, faisant du bassin un espace de transition entre montagne, plaine et littoral.

Avec un débit annuel moyen oscillant entre 40 et 50 m³ par seconde, la Moulouya a longtemps constitué un moteur agricole prospère, notamment dans son cours inférieur. Mais cette dynamique s’est profondément transformée au cours des dernières décennies.

Selon Najib Bachiri, président de l’association Homme et environnement de Berkane, la Moulouya «représentait, avant la construction du barrage de Michra Hamadi au début des années 1950, un danger pour les populations en raison de la puissance de son débit».

L’édification successive des barrages, notamment Michra Hamadi puis Mohammed V, a profondément modifié le régime écologique du fleuve. Autrefois abondant, le débit soutenait une activité agricole intense sur ses rives. Aujourd’hui, avec les changements climatiques et la baisse des précipitations, le débit écologique a été considérablement réduit. Seules quelques sources subsistent dans la région de Moulay Ali.

La multiplication d’ouvrages hydrauliques supplémentaires à Oulad Settout et Moulay Ali a également contribué à réduire l’écoulement entre Michra Hamadi et l’embouchure.

Cette diminution a eu des répercussions sur la biodiversité et sur les populations locales, confrontées à l’intrusion saline venue de la mer, qui limite l’exploitation des terres agricoles. De nombreux jeunes ont ainsi quitté la région, délaissant l’activité agricole.

Au cœur du débat figure également la question des zones humides liées au fleuve. Ces espaces naturels jouent un rôle crucial: ils constituent une barrière contre la montée des eaux marines et un réservoir écologique capable d’atténuer à la fois les effets des crues et de la sécheresse.

Or, le Maroc a perdu des milliers d’hectares de zones humides, transformées en terres agricoles ou urbanisées, exposant certaines villes à des catastrophes répétées lors d’épisodes de fortes pluies.

Le défi actuel ne consiste pas à opposer barrages et agriculture, développement et protection de la nature, mais à trouver un équilibre rationnel entre sécurité hydrique et maintien du débit écologique.

Une artère vitale tournée vers l’avenir

La Moulouya n’est pas qu’un ensemble de chiffres, capacité de stockage ou volume d’écoulement, mais un système de vie intégré. Elle soutient l’agriculture, protège la biodiversité et contribue à la stabilité des populations. Autant d’enjeux indissociables.

Long ruban d’eau reliant l’Atlas à la Méditerranée, la Moulouya illustre la capacité de la nature à conjuguer les contrastes: neige sur les sommets, aridité sur les plateaux, fertilité dans les plaines.

Mais elle reflète aussi les mutations climatiques et les pressions humaines croissantes. Véritable artère vitale de l’Oriental, tout déséquilibre de son écosystème aura un coût environnemental, social et économique majeur.

Par Mohammed Chellay
Le 23/02/2026 à 15h00