Dans l’ancienne médina de Fès, derrière l’effervescence touristique des artères emblématiques telles que Talaa Kebira, Zqaq Lahjar ou encore les abords de Chouara, se cache une réalité bien plus sombre. À mesure que l’on s’enfonce dans les ruelles secondaires, souvent porteuses de noms chargés d’histoire, la médina révèle ses fragilités. Ici, l’ancienneté du bâti n’est plus seulement un héritage architectural, mais un fardeau lourd de menaces pour ses habitants.
Pour de nombreuses familles, les maisons autrefois synonymes de refuge se sont muées en sources d’angoisse permanente. Les habitants vivent au rythme des fissures qui s’élargissent, des plafonds qui s’effritent et des murs qui menacent de céder au moindre choc. Chaque épisode pluvieux, chaque vibration, même infime, suffit à raviver la crainte d’un effondrement soudain.
Le360 a ainsi capté des scènes inquiétantes dans plusieurs ruelles de la médina: murs lézardés sur toute leur hauteur, toitures rongées par le temps, poutres en bois usées jusqu’à l’os et câbles électriques dénudés serpentant au-dessus des passages étroits. Autant de signaux alarmants qui traduisent l’absence de conditions élémentaires de sécurité et exposent directement la vie de dizaines de familles.
Images inquiétantes de certains bâtiments menaçant ruine à l'ancienne médina de Fès (Y.Jaoual/Le360.)
À Derb Lmania, sur Talaa Kebira, un bâtiment attire particulièrement l’attention. Soutenue par des étais depuis plus de 22 ans, cette maison continue de susciter l’inquiétude des riverains. Fragilisée, enclavée entre d’autres habitations et riads, elle se dresse sur un axe fréquenté aussi bien par les habitants que par les touristes. «À chaque forte pluie, la peur revient. Nous ne savons jamais si la maison va tenir», confient des habitants du quartier. Les précipitations rendent la situation encore plus critique, transformant le quotidien des riverains en une attente anxieuse, où l’effondrement semble toujours possible.
Le constat est tout aussi préoccupant à Kasbat Nouar, plus précisément à Derb Zawiat El Kadi. Là, un bâtiment abandonné menace ruine depuis plusieurs années, entouré de maisons toujours habitées. Notre caméra y a relevé de profondes fissures sur les façades, une structure visiblement inclinée et un état de dégradation avancé.
Malgré les nombreuses plaintes adressées aux autorités compétentes, aucune intervention concrète n’a été engagée jusqu’à présent. Pour les habitants, ces deux cas ne constituent que la partie visible d’un problème bien plus large. La configuration même de la médina, avec ses passages étroits et difficilement accessibles, complique davantage toute intervention d’urgence en cas d’effondrement ou d’accident.
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Face à cette situation, Yassine El Aouni, acteur associatif, tire la sonnette d’alarme. «La situation dans l’ancienne médina de Fès exige une intervention urgente qui ne peut plus être reportée», déclare-t-il. «Se contenter d’étayer certaines maisons avec des piliers ne constitue pas une réponse durable, surtout en période de pluies, où les risques restent élevés», insiste-t-il.
L’acteur associatif appelle à une approche globale. «Il est impératif de procéder à un recensement précis et exhaustif des habitations menaçant ruine dans l’ensemble des ruelles de Fès el-Bali, notamment dans les zones à forte densité de population», affirme-t-il. Il plaide enfin pour des solutions pratiques et pérennes, ainsi que pour des mesures immédiates afin de prévenir des drames humains. «Agir maintenant, c’est éviter des catastrophes aux conséquences irréversibles», conclut-il.















