En ce premier jour de Ramadan, une effervescence particulière a saisi Oujda dès les premières lueurs de l’aube. Les habitants ont investi massivement les différents marchés de la ville, soucieux de s’approvisionner en produits de base pour garnir leurs tables du Ftour. Au cœur du quartier historique, au marché Bab Sidi Abdelouahab, l’offre se distingue par une abondance manifeste et une qualité rigoureuse des denrées. Si les étals affichent une grande diversité, les tarifs restent toutefois disparates, marqués par de légères fluctuations à la hausse sur certains articles de saison.
Fort d’une expérience débutée en 1970, Bodad, figure locale du marché, analyse avec recul les dynamiques de ce début de mois sacré. Selon lui, si les premiers jours du Ramadan induisent mécaniquement une hausse de 30 à 40% sur certains articles, le phénomène demeure «dans des limites acceptables».
Dans le détail, la courge connaît une légère appréciation, s’échangeant entre 13 et 14 dirhams (contre 10 à 12 dirhams habituellement). À l’inverse, les fondamentaux du panier de la ménagère font preuve d’une résilience notable: la tomate se stabilise entre 4 et 5 dirhams, la pomme de terre oscille entre 5 et 6 dirhams, tandis que les agrumes — oranges et citrons — maintiennent un cap constant entre 6 et 8 dirhams.
Les véritables points de friction concernent l’oignon et l’avocat. Le premier s’affiche désormais à 12 dirhams, une envolée dictée par les récentes intempéries ayant perturbé la récolte dans les zones de production, portant le prix de gros à environ 10 dirhams. L’avocat, quant à lui, subit l’effet d’une demande exponentielle, grimpant de 25 à 35 dirhams. En dehors de ces deux exceptions, l’offre en fruits et légumes reste pléthorique, avec des réajustements limités à 20-25%, un niveau jugé «sans impact majeur sur le pouvoir d’achat du consommateur moyen» par les professionnels.
Rachid Tabouhout, autre commerçant du marché, observe pour sa part une concentration de la demande sur les aromates et légumes frais, piliers de la gastronomie ramadanesque. «Le choix des clients se porte massivement sur la coriandre, le persil, le céleri et la menthe, mais aussi sur des produits plus spécifiques comme les épinards, les champignons et le chou rouge», précise-t-il. Il conclut sur une note rassurante, soulignant une abondance de l’offre et des prix globalement «raisonnables», portés par une dynamique de marché équilibrée.
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Bennamar, commerçant établi au marché de la place du Maghreb Arabe, tempère les inquiétudes. Selon ses observations, si près de 20% des denrées affichent une légère appréciation, une décrue des tarifs est prévisible dès que la frénésie des premiers jours se sera dissipée. «Une part prépondérante de notre approvisionnement provient de l’arrière-pays de Berkane, où les récoltes sont généreuses, ainsi que du marché historique d’Oujda. Cette proximité garantit non seulement une fraîcheur optimale, mais aussi une fluidité constante des stocks», explique-t-il.
Mohamed, autre professionnel du secteur, confirme cette tendance à l’abondance. Pour lui, la physionomie actuelle du marché permet de maintenir des prix «convenables»: la tomate s’échange autour de 7 dirhams, la carotte à 10 dirhams, tandis que les petits pois s’affichent à 15 dirhams. Les fèves décortiquées, quant à elles, bénéficient d’un positionnement tarifaire particulièrement attractif. Ce maillage logistique, qui s’appuie sur les pôles de production de Berkane et les flux en provenance de Casablanca, assure une disponibilité sans faille face à la demande accrue.
Ces témoignages dessinent les contours d’un marché dynamique, où l’abondance des produits compense la volatilité inhérente aux cycles saisonniers et aux aléas climatiques. Entre l’afflux massif des fidèles et l’engagement des commerçants à sécuriser l’approvisionnement, les halles d’Oujda entament ce mois de Ramadan sous le signe de la résilience, parvenant à maintenir un équilibre relatif entre qualité, diversité et accessibilité des prix.







