De Hay Nahda à l’École polytechnique: le fabuleux destin de Yasser Oufqir, jeune surdoué marocain

Yasser Oufqir, élève ingénieur à l’École polytechnique.

Le 09/03/2026 à 14h27

VidéoÀ Rabat, Hay Nahda est un quartier populaire où les rêves d’excellence semblent parfois inaccessibles. C’est pourtant de là qu’est parti Yasser Oufqir, aujourd’hui élève ingénieur à l’École polytechnique, l’une des institutions les plus sélectives au monde. Portrait d’un jeune Marocain qui, par la force du travail et une détermination exceptionnelle, a intégré l’X et incarne la nouvelle génération d’étudiants du Royaume qui brillent en France.

Il est 07h30 à Palaiseau, sur le plateau de Saclay, à quelques kilomètres au sud de Paris. Autour du campus de l’École polytechnique, la forêt encore chargée de rosée s’éveille doucement sous les premiers rayons du soleil. Les allées demeurent calmes. Quelques étudiants traversent le domaine, sac à l’épaule, pressés de rejoindre les amphis, les terrains ou les salles de sport qui bordent le campus. C’est dans ce décor paisible que nous rencontrons Yasser Oufqir: sourire discret, regard calme, voix posée.

Dans sa petite chambre de caserne sur le campus, le décor est minimaliste. On y trouve un lit, quelques livres, un Coran posé avec soin au-dessus du lit. Sur le mur, un drapeau marocain saute aux yeux. «Je suis fier de mon pays. J’ai grandi fils du peuple. Mes parents sont des gens simples», explique-t-il. Pour lui, ce drapeau n’est pas un simple décor. «Il représente tout», tranche-t-il.

Derrière ce parcours d’excellence se cache une histoire familiale forte. «Je fais tout ça pour mes parents, confie-t-il. Ils ont énormément sacrifié pour moi. Ils sont tout pour moi». Réussir n’est pas seulement une ambition personnelle. C’est une façon de rendre un jour ce qu’ils lui ont donné.

Après un bac sciences maths B mention très bien, deuxième meilleure moyenne de Rabat, il intègre le Lycée d’excellence (LYDEX) à Benguérir. Deux années de prépa intense, maths à haute dose, concours blancs à répétition, pression permanente.

L’objectif ? L’X, le «Graal» comme il dit lui-même. Mais quand les résultats des concours tombent, Yasser refuse de se contenter des autres grandes écoles (Centrale, Mines…) qui lui ouvrent les bras. Il choisit de cuber: une troisième année de prépa, douze mois supplémentaires de labeur acharné. «J’ai tout misé sur Polytechnique. C’était ça ou rien», confie Oufqir. Pari tenu.

Aujourd’hui en deuxième année à l’X, il fait partie d’une promotion où les Marocains brillent particulièrement: en 2024, 29 ont intégré le cycle ingénieur sur les places internationales (140 au total), faisant du Maroc le premier contingent étranger, devant la Chine.

«Ça prouve que quand on donne les moyens aux jeunes Marocains - et pas seulement dans les lycées huppés de la capitale -, ils rivalisent avec les meilleurs. Nos concurrents? Henri-IV, Louis-le-Grand… Mais nous, on sélectionne sur tout le royaume, y compris les provinces», souligne-t-il, citant le modèle de Benguérir qui a placé 16 élèves à l’X l’année précédente.

«S’il n’y a pas les conditions, on rentre et on les crée»

Aucune reproduction sociale ici. «La plupart viennent de familles modestes, de villes comme Errachidia, Laâyoune, Fès ou Boujdour. Le concours est impartial. Personne ne le passe à ta place. Si tu le réussis, c’est que tu le mérites».

À l’X, le quotidien est une course d’endurance, rythmée et impitoyable. La journée démarre par le sport: entre ses trois entraînements de boxe par semaine et sa ceinture noire de taekwondo, Yasser compte sur les arts martiaux pour évacuer le stress. Suivent les cours: probabilités avancées, chaînes de Markov, martingales… Passionné de physique quantique, il y voit une révolution en marche: «Les ordinateurs quantiques vont changer le monde», affirme-t-il, tout en visant à devenir un ingénieur complet et polyvalent.

Et l’avenir? Il l’envisage déjà très concrètement. «Inch’Allah, je rentrerai au Maroc. Soit on dit qu’il n’y a pas les conditions, soit on rentre et on les crée. Moi, je choisis la deuxième option. Le bon mindset, c’est de ne pas se plaindre, mais de bosser pour changer les choses»

À Palaiseau, il sait qu’il porte plus que son propre avenir: «On est tous des ambassadeurs du Maroc. Quand on travaille dur et qu’on se comporte bien, les gens voient le pays à travers nous. Et le Maroc, c’est douze siècles de civilisation, pas une histoire récente». Voir d’autres Marocains réussir, ici ou là-bas, le pousse encore plus loin. «Ça motive à se dépasser». Sur le plateau de Saclay, la journée bat son plein. Pour Yasser Oufqir, ce n’est que le début d’un parcours qu’il espère, un jour, mettre au service de son pays.

Par Zineb Agzit
Le 09/03/2026 à 14h27