Créé à l’origine comme un simple camp d’estivage saisonnier pour caravanes, le site de la H’jira Kahlah s’est progressivement transformé en un foyer d’urbanisation anarchique, concentrant illégalités, dérives et enjeux sécuritaires sur un emplacement stratégique du littoral. «C’est désormais fini. Le campement a été définitivement démantelé à Dar Bouazza», relate le quotidien Assabah dans son édition du lundi 2 février.
Le campement remonte à plus de quarante ans. Il a été créé après la reconversion d’un terrain de sept hectares relevant du domaine de l’État, appartenant aux Eaux et Forêts et à l’administration chargée de l’équipement du domaine public maritime. À l’époque, la commune rurale de Dar Bouazza avait obtenu une autorisation d’occupation temporaire délivrée par l’administration des Eaux et Forêts afin d’aménager et d’exploiter des aires de stationnement et un campement, sans édifier de constructions, moyennant une redevance annuelle de 7 000 dirhams. Cette autorisation est arrivée à expiration le 31 décembre 1988 et n’a jamais été renouvelée au profit de la commune. Pourtant, durant la période d’exploitation, des constructions ont été érigées sans aucun permis: une épicerie, quatre boutiques, un café et une salle de jeux. La commune a par ailleurs procédé à la location de l’exploitation du camp à des particuliers.
Ces derniers ont fondé, le 19 août 1994, une association dite des campeurs permanents. À cette période, le site comptait environ 372 caravanes, qui ont progressivement disparu au fil des années pour être remplacées par des constructions en dur, édifiées sans autorisation et en violation flagrante du contrat d’exploitation liant la commune à l’administration des Eaux et Forêts. «Le site a alors basculé dans une situation de désordre, marquée par des cessions fictives de cabanons informels, réalisées entre exploitants contre des sommes atteignant plusieurs millions de centimes», explique Assabah.
À la fin du mois de décembre 2008, le contrat d’exploitation entre la commune et les Eaux et Forêts a pris fin de manière effective. Sur la base d’une délibération du conseil communal lors de la session d’octobre 2009, la commune de Dar Bouazza a procédé au retrait des compteurs d’eau et d’électricité. Le recouvrement des redevances liées à l’occupation temporaire a également été suspendu, l’exploitation ayant perdu toute base légale avec l’expiration du contrat.
Le développement incontrôlé des constructions anarchiques et les transferts illégaux entre exploitants ont transformé le camp en un véritable bidonville. Initialement conçu pour un usage saisonnier, le site comptait désormais près de 30% de résidents permanents parmi les 372 cabanons recensés. Nombre de ces constructions, dépourvues de toute autorisation, étaient soit inoccupées, soit détenues par des propriétaires installés à l’étranger ou dans d’autres villes. «Parallèlement, des formes d’exploitation illégale à des fins lucratives se sont multipliées, notamment la location à la nuitée pour des activités contraires à la loi, faisant du site un foyer de troubles à l’ordre public et portant gravement atteinte à l’image de la région», précise Assabah.
Dans l’esprit des habitants de la commune, le camp est progressivement devenu synonyme de corruption et de déviance. Les services de sécurité et la gendarmerie y ont mené plusieurs opérations ayant mis au jour des comportements répréhensibles, des infractions pénales et permis l’arrestation de personnes recherchées par la justice. Des sources concordantes indiquent également que le site aurait été exploité par des réseaux de traite des êtres humains comme point de départ de migrations irrégulières, et parfois pour des activités de trafic international de stupéfiants. Cette réalité s’est illustrée par la saisie, le 15 avril 2025, de 26 kilogrammes de résine de cannabis dissimulés dans des réservoirs d’eau à l’intérieur du camp.
Après la fin du contrat liant la commune aux Eaux et Forêts, l’occupation du site est devenue totalement illégale. Les autorités ont alors engagé de nombreuses procédures visant à rétablir la situation initiale, d’autant plus que les occupants avaient imposé un fait accompli en construisant et en se maintenant sur les lieux malgré le retrait des réseaux d’eau et d’électricité. Plusieurs décisions administratives et réglementaires ont été prises pour interdire l’exploitation anarchique du littoral, suivies de constats, de mises en demeure d’évacuation et de recours judiciaires. Toutes ces procédures ont confirmé le caractère illégal du camp et la nécessité de son évacuation.
Dans une tentative de justification de l’occupation du domaine de l’État, l’association des campeurs permanents a été mise en avant. L’administration des Eaux et Forêts a néanmoins adressé des correspondances à la commune de Dar Bouazza l’enjoignant de libérer le domaine forestier et de rétablir l’état des lieux, en procédant à la démolition des constructions édifiées sans autorisation et sans l’accord du propriétaire du foncier. Le contentieux judiciaire a abouti, en 2012, à un jugement ordonnant l’évacuation, confirmé en appel en 2013. Une action parallèle introduite par les exploitants s’est également soldée par des décisions définitives confirmant l’illégalité de l’occupation et la légitimité de l’intervention des autorités.
L’opération de démolition a finalement été menée les 15 et 16 janvier, mettant un terme à l’occupation anarchique après l’épuisement de l’ensemble des voies judiciaires et légales. Selon Assabah, «l’intervention s’est déroulée dans le strict respect de la loi, dans le cadre de la lutte contre l’occupation illégale du domaine public maritime. Les constructions anarchiques représentaient en outre un danger réel, étant menacées d’effondrement et d’érosion sous l’effet de la force des vagues et de la montée périodique du niveau de la mer».
Début 2024, les autorités locales avaient adressé des notifications d’évacuation aux occupants des constructions anarchiques, bien avant le lancement de l’opération. Un recours visant à suspendre l’exécution de la décision administrative d’évacuation avait été introduit, mais il a été rejeté pour irrecevabilité, démontrant l’absence de fondement juridique des arguments avancés.
La fin de cette situation illégale ouvre désormais la voie à un projet alternatif jugé prometteur. Le site sera aménagé pour accueillir une corniche répondant à des normes internationales, offrant un véritable espace de détente aux habitants de la province et aux visiteurs en provenance de l’ensemble du Royaume. Ce projet est appelé à soutenir le développement local et à renforcer l’attractivité de la commune de Dar Bouazza, devenue une destination touristique nationale et internationale. L’emplacement stratégique autrefois occupé par le camp permettra également de libérer un potentiel important pour des projets touristiques et urbains structurants, susceptibles de générer des retombées économiques positives pour toute la région.




