Contrôle qualité: qui contrôle qui quand tout part en zigzag?

Soumaya Naâmane Guessous.

Soumaya Naamane Guessous.

ChroniqueEntretien de nos rues! Qui contrôle la qualité des travaux publics? Car dans les détails mal faits se cache souvent un grand mépris du citoyen.

Le 03/04/2026 à 11h03

Je voudrais qu’on m’éclaire. Vraiment. Lorsqu’un chantier est réalisé, lorsqu’une intervention est financée par l’argent public, existe-t-il une étape appelée «contrôle du résultat»? Un moment où quelqu’un vérifie la qualité, le respect des normes, l’alignement avec le cahier des charges?

Pour répondre à cette question, il suffit de circuler à Casablanca. Par exemple, le Boulevard de Fès, entre le rond-point Bachkou et le boulevard Panoramique. Boulevard stratégique, reliant les boulevards Abdelmoumen et Ghandi au quartier Californie, et menant vers la sortie de Casablanca.

Des dizaines de crevasses laissées après des travaux de bitumage, principalement au niveau des couvercles d’égouts, depuis des années. Ces couvercles n’ont pas été alignés au niveau du sol. Trop bas, jamais juste. Résultat: si vous roulez dessus, votre voiture plonge, rebondit, puis vous rappelle, dans un langage mécanique très clair, que l’entretien coûte cher. Les motards freinent brutalement pour éviter la chute, mettant leur vie et celle des autres en danger.

Impossible de conduire en ligne droite. Je vous jure que vous êtes obligés de faire du slalom. Le slalom est un sport où l’on se déplace en zigzag entre des obstacles, en gardant équilibre et contrôle.

Vous freinez brutalement, vous passez tantôt à gauche, tantôt à droite, sans que ceux qui vous suivent aient le temps de comprendre… On s’énerve derrière vous, on klaxonne… Comme si ce tronçon avait été sciemment conçu pour transformer chaque trajet en épreuve nerveuse.

«la grandeur d’une nation ne se mesure pas seulement dans les grands événements, mais également aux petits détails, tel un couvercle d’égout bien aligné»

—  Soumaya Naamane Guessous

Ce qui frappe surtout, c’est le paradoxe saisissant entre l’état de négligence de cette voirie et la présence, au milieu, d’un tramway rutilant qui illustre toute la vitrine du transport moderne. D’un côté, des millions de dirhams investis dans un équipement de haute performance, symbole de modernité et d’ambition urbaine; de l’autre, une réalité quotidienne marquée par la dégradation, comme si deux villes coexistaient sans vraiment se rencontrer.

Quelques exemples… parmi des milliers?

Le boulevard Al Qods, un axe structurant majeur de Casablanca, reliant plusieurs quartiers densément peuplés. Au milieu, son Busway reflète la modernité et l’excellence de l’équipement de mobilité urbaine, en offrant un transport rapide, fiable, écologique.

Sur l’autoroute urbaine en provenance de la route d’El Jadida, au niveau de la bretelle menant au boulevard El Hachmi El Filali (anciennement Taddart), persiste depuis des années une tranchée assez profonde pour provoquer des freinages brusques et secouer violemment les véhicules.

Cette autoroute est une infrastructure moderne dont nous pouvons être fiers. Mais la présence de cette dégradation constitue un paradoxe: un ouvrage de qualité entaché par un défaut qui en compromet le confort et la sécurité.

La question devient alors incontournable: qui est responsable de ce carnage routier? De ce manque flagrant de professionnalisme, de rigueur et de respect du citoyen? Qu’on ne me parle surtout pas de manque de moyens. Les budgets existent. Les communes ont reçu des fonds. Des élections ont été organisées pour que des élus veillent à l’entretien des infrastructures. Des entreprises ont été payées pour effectuer les travaux. Tout est là. Sauf la phase finale, la plus importante: celle du contrôle.

Corrigez-moi si je me trompe. Un chantier ne devrait-il pas être validé, et encore moins payé intégralement, sans vérification de sa conformité. Alors qui valide ce genre de travail?

Ces exemples ne sont malheureusement pas des exceptions. Partout, on retrouve les mêmes tranchées mal rebouchées, les mêmes bosses oubliées, les mêmes routes transformées en parcours d’obstacles après le départ des ouvriers. Tout cela donne une impression persistante d’irresponsabilité et de mépris envers les citoyens.

Alors que faire, à part râler comme je le fais ici? Soyons honnêtes: cet article ne réparera pas la route. Il ne redressera pas les couvercles et ne réveillera probablement aucun sens du devoir. À moins d’un miracle. Le miracle d’une commune qui inspecte ses chantiers, exige des corrections et impose un vrai contrôle qualité. Oui, un miracle… le miracle du travail bien fait.

À moins aussi que, sentant les élections approcher, certains élus communaux lisent cet article et désirent prouver qu’ils écoutent les doléances des citoyens. Une opportunité de rallier quelques voix. Après tout, un couvercle d’égout bien aligné peut aussi devenir un argument de campagne.

Un pays capable d’organiser la CAN, le Mondial et de relever de grands défis avec excellence mérite mieux que des routes en mode slalom. Car la grandeur d’une nation ne se mesure pas seulement dans les grands événements, mais également aux petits détails, tel un couvercle d’égout bien aligné.

Oui, c’est parfois dans ces petits détails que se joue le respect du citoyen… et la crédibilité de l’État.

Par Soumaya Naamane Guessous
Le 03/04/2026 à 11h03