Ce qui peut unir peut aussi diviser

Karim Boukhari.

ChroniqueLe football peut vous faire aimer un parfait inconnu ou quelqu’un qui vous veut du mal. Mais il peut aussi vous faire renier votre frère et votre famille entière.

Le 28/03/2026 à 08h59

Je rejoins mon ami Fouad Laroui quand il demande, dans sa chronique de la semaine: ne nous fâchons pas avec le Sénégal! Ce n’est pas un vœu pieux. Je dirais même: tout sauf le Sénégal! Il faut être fou pour remettre en cause les liens humains (et pas seulement) extraordinaires qui unissent les deux pays.

Là-bas, non plus, ils ne sont pas fous. Ils aiment le Maroc et ils ne sont pas près de renier un choix de cœur transmis de père en fils. Ce n’est pas de la pose, c’est sincère. Le capitaine de la sélection du Sénégal, l’expérimenté Idrissa Gueye, a d’ailleurs eu la lucidité de déclarer, alors que nous sommes encore en pleine tempête: «Je suis prêt à rendre les médailles au Maroc pour apaiser les tensions avec le Sénégal».

Ces prises de parole sont importantes, surtout à chaud, alors que les esprits sont encore sous l’emprise de la colère et de l’incompréhension, deux paramètres qui peuvent conduire l’homme le plus sage à commettre l’irréparable.

Oui, mais voilà, un petit vent contraire peut toujours perturber n’importe quelle histoire d’amour. L’amour est fragile, on le sait. Ce petit vent contraire, c’est celui qui a circulé à l’intérieur du ballon du match qui a opposé le Maroc au Sénégal, lors de la finale de la CAN. Et il n’a pas fini de nous rendre fous.

«Le football passe. L’amitié reste.»

—  Karim Boukhari

Aujourd’hui et au moment où vous lisez ces lignes, le Sénégal joue un match amical au stade de France face au Pérou, en préparation du prochain Mondial. Nos amis sénégalais ont prévu de présenter le trophée de la CAN lors de ce match. S’ils le font, alors qu’ils viennent de perdre la finale sur tapis vert, ils violent la loi et rajoutent de l’huile sur le feu. C’est clair et net. Et c’est une provocation pour le Maroc. Mais s’ils ne le font pas, alors qu’ils ont déposé un recours auprès du TAS (tribunal arbitral du sport, équivalent de la Cour international de justice ou des Nations-Unies pour les affaires liées au sport), cela peut être assimilé à une abdication…

C’est là que le football est dangereux. Il peut dresser les uns contre les autres. Il divise. Parce qu’il réduit tout à gagner ou perdre, avoir raison ou tort. Il n’y a pas de juste milieu. Même les matchs nuls se terminent aux pénaltys.

Qui a envie d’avoir tort ou de perdre?

Et puis il y a une autre dimension, encore plus vicieuse: c’est l’amour-propre. Voire l’orgueil. Tout le monde veut s’affirmer, personne ne veut perdre la face. C’est le genre d’ingrédient qui peut vous faire renier votre frère. Enfin le temps d’un match, n’exagérons rien…

Et c’est là où ce billet veut en venir. Le football passe. L’amitié reste. Hâte de refermer la parenthèse de ce match tordu et de remettre la balle au centre!

Par Karim Boukhari
Le 28/03/2026 à 08h59