Plusieurs gérants de stations-service de différentes enseignes ont été accusés d’abus dimanche soir, en adoptant des pratiques jugées inappropriées face à la hausse attendue des prix de l’essence et du gasoil prévue à la mi-mois. Dans plusieurs villes, les abords des stations se sont transformés en scènes de tension entre employés et conducteurs de voitures, de camions ou de taxis. «Ces derniers se sont retrouvés confrontés à un refus inattendu de certains pompistes de remplir les réservoirs, invoquant des prétextes jugés peu crédibles, comme une prétendue coupure d’électricité», indique le quotidien Assabah dans son édition du mardi 17 mars.
Certaines stations ont appliqué la hausse des prix dès 18 heures dimanche, soit six heures avant l’heure prévue, tandis que d’autres ont manipulé les panneaux électroniques d’affichage en les éteignant ou en affichant des tarifs inexacts. Dans d’autres cas encore, les employés ont cessé le travail, provoquant d’importants embouteillages de véhicules venus faire le plein en attendant minuit.
Cité par Assabah, Wadie Madi, président de la Fédération nationale des associations de consommateurs au Maroc, a exprimé sa vive inquiétude face à ce qu’il décrit comme «des pratiques d’accaparement anticipé, de stockage et de manipulation du calendrier de la hausse des prix». Selon lui, cette situation s’explique par plusieurs facteurs, notamment l’état des stocks stratégiques nationaux et les tensions géopolitiques liées au conflit opposant les États-Unis, Israël, l’Iran et certains pays du Golfe.
Il estime que les autorités publiques, malgré l’existence de plus d’une dizaine d’organismes de contrôle, ont laissé les citoyens à la merci de la cupidité de certains exploitants de stations-service. Pour lui, plusieurs comportements observés ces derniers jours illustrent une grave dérive dans l’éthique du marché.
Le responsable associatif accuse également le gouvernement de «s’être, une nouvelle fois, dérobé à ses responsabilités en laissant les consommateurs affronter seuls ce qu’il qualifie de vague de spéculation». Selon lui, les ménages, déjà éprouvés par les dépenses élevées du mois de Ramadan, se retrouvent aujourd’hui confrontés à la flambée des carburants et à un climat de désordre dans l’application des nouvelles hausses.
Concernant l’impact des nouvelles hausses sur le secteur du transport, Mustapha Chaoun, secrétaire général national de l’Organisation démocratique du transport et de la logistique multimodale, estime que la situation rappelle celle observée lors de la guerre russo-ukrainienne en 2022, qui avait entraîné des perturbations dans l’approvisionnement.
À l’époque, le gouvernement avait mis en place une plateforme de soutien exceptionnel aux transporteurs, malgré plusieurs dysfonctionnements relevés dans sa gestion. Selon lui, les autorités devraient aujourd’hui envisager une mesure similaire, tout en améliorant les mécanismes de gouvernance pour limiter les effets de la crise actuelle au Moyen-Orient.
Il rappelle que le carburant représente une part importante des coûts dans le secteur du transport. Les professionnels s’attendaient à ces augmentations et affirment ne pas avoir répercuté de nouvelles hausses sur leurs clients, compte tenu de la situation économique et sociale. Ils espèrent toutefois que le gouvernement saura faire preuve de compréhension et prendre des décisions rapides et efficaces.
Le responsable estime néanmoins que la réactivation d’un mécanisme de soutien ne constituerait qu’une solution temporaire en l’absence d’un dispositif durable d’accompagnement des professionnels. Il plaide pour la mise en place du gasoil professionnel et pour des mécanismes garantissant la continuité des chaînes d’approvisionnement et de production afin d’éviter des tensions dans un secteur jugé particulièrement sensible.
Selon lui, les professionnels sont conscients du contexte difficile mais restent préoccupés. Plusieurs pistes sont actuellement discutées pour défendre leurs droits, certains évoquant même la possibilité de suspendre l’activité durant les jours de fête. La situation demeure donc ouverte, dans un climat de forte tension qui pourrait s’aggraver dans les prochains jours si des mesures rapides ne sont pas prises par les autorités.








