Berrechid face au risque d’inondation: un projet de canalisation toujours en attente

Suite aux épisodes pluvieux des dernières semaines, la ville de Berrechid fait face au risque d'inondation et se mobilise pour stabiliser la situation. (S.Bouchrit/Le360)

Le 13/02/2026 à 14h39

VidéoLes fortes précipitations qui se sont abattues ces dernières semaines sur la ville de Berrechid ont remis en lumière un problème structurel auquel la commune fait face depuis des années: l’absence d’exutoire et de canaux externes pour l’évacuation des eaux pluviales, usées et industrielles. Une situation qui expose la ville à un risque permanent d’inondation, d’autant plus préoccupant dans un contexte de changements climatiques et de pluies de plus en plus intenses.

À l’entrée de la ville de Berrechid, le regard est happé par de vastes étendues d’eau qui s’étalent sur plusieurs hectares au milieu des terres agricoles verdoyantes. Une image qui peut sembler anodine au premier abord, mais qui dissimule en réalité un danger bien réel pour la ville. Ces nappes ne sont autres que des eaux de pluie mêlées à des eaux usées, issues de bassins de rétention, en attente d’acheminement vers une station d’épuration aujourd’hui arrivée à saturation.

L’absence d’un canal externe d’évacuation des eaux constitue un problème que les responsables qualifiaient autrefois de nécessaire à résoudre pour accompagner le développement urbain et protéger les infrastructures. Aujourd’hui, il est devenu une urgence pour préserver la population des risques d’inondation, dans un contexte marqué par les dérèglements climatiques. Le conseil communal s’active désormais pour trouver une solution.

Le projet envisagé consiste à créer un canal principal pour l’évacuation des eaux pluviales. Inscrit à l’ordre du jour de plusieurs mandats municipaux successifs, il est resté lettre morte faute de partenaires financiers, en raison d’un coût jugé largement supérieur aux capacités budgétaires annuelles de la commune.

Les premières estimations, datant de 2003, évaluaient le projet à environ 300 millions de dirhams, hors acquisition du foncier. Les données actuelles indiquent toutefois une augmentation significative de ce montant, rendant sa mise en œuvre encore plus complexe.

Khalid Mkafih, chef du service des espaces verts et de l’éclairage public à la commune de Berrechid, explique que «la ville a connu, comme d’autres régions du Royaume, des précipitations exceptionnelles dépassant 180 millimètres en une seule semaine, provoquant la saturation de plusieurs conduites».

Il souligne que la cellule de veille, sous la supervision du gouverneur de la province, a mobilisé d’importants moyens humains et logistiques. L’entreprise délégataire a notamment procédé à l’ouverture et au nettoyage des avaloirs, ce qui a permis de limiter les risques et les dégâts, notamment dans des zones sensibles comme Jawhara Berrechid.

Toutefois, ces interventions restent ponctuelles. Selon lui, le problème d’évacuation des eaux est plus profond et nécessite une solution structurelle: un projet stratégique visant à relier directement la ville à l’exutoire de l’oued Merzeg, appelant à une mobilisation collective pour financer ce chantier vital.

De son côté, Ahmed Merzak, chef du service technique communal chargé de l’assainissement, estime que «si les dernières pluies ont été exceptionnelles, leur répartition dans le temps a permis d’éviter des dégâts plus graves». Il souligne néanmoins que le véritable problème réside dans l’absence d’un exutoire naturel et dans une infrastructure d’assainissement, notamment pour les eaux pluviales, qui n’a pas suivi le rythme de l’expansion urbaine et de la croissance démographique, une fragilité longtemps masquée par les années de sécheresse successives.

Les récentes précipitations ont ainsi mis en évidence ces lacunes: des eaux se sont accumulées sur plusieurs hectares à l’entrée de la ville, formant un bassin temporaire qui a contribué à éviter une inondation généralisée. Mais leur déplacement vers l’autre rive a suscité de vives inquiétudes quant à la coupure de la route principale et à l’interruption du trafic ferroviaire.

Parmi les mesures d’urgence proposées par la cellule de veille figurait le déversement d’une partie des eaux vers la rive ouest afin de réduire la pression et protéger la voie ferrée. Une solution provisoire, en attendant la mise en œuvre du projet définitif consistant en la construction d’un canal principal reliant Berrechid à Dar Bouazza via l’oued Merzeg.

Ahmed Merzak rappelle que ce projet s’inscrit dans un ancien schéma directeur, qui soulignait déjà depuis des années la nécessité d’un raccordement externe. Il note également que l’assainissement n’a pas suivi le rythme de l’essor urbain de la ville.

Le conseil communal est conscient de l’ampleur du problème et l’a évoqué avec le conseil régional, mais sa réalisation nécessite une mobilisation multi-acteurs, la commune et la société régionale ne pouvant en assumer seules le coût.

Le responsable alerte aussi sur une autre problématique: les eaux industrielles, qui dégradent la qualité des effluents arrivant à la station d’épuration en raison du non-respect, par certaines unités industrielles, des obligations de prétraitement. Pourtant, cette exigence est imposée par la commune, qui a contribué au financement de stations de traitement pour plusieurs entreprises, malgré des cas de fraude constatés.

Une station d’épuration à saturation

La station d’épuration de Sidi El Mekki, située à une dizaine de kilomètres de la ville, a atteint sa capacité maximale en 2025. Son extension devient donc indispensable, que ce soit par l’acquisition de nouveaux terrains ou par l’adoption de nouvelles méthodes de traitement: des projets nécessitant des budgets conséquents, actuellement étudiés par l’entreprise délégataire.

Ahmed Merzak avertit que le risque d’inondation demeure réel, notamment en raison de la présence de barrages en amont, de la capacité limitée des pompes existantes et de l’absence de canaux principaux capables d’absorber de grandes quantités d’eau.

Pour sa part, Mohamed El Kabbaj, directeur provincial de la société régionale multiservices Casablanca-Settat à Berrechid, affirme que l’entreprise a mobilisé, dès le début des précipitations, d’importants moyens humains et techniques, dont des camions-citernes et des pompes, permettant de maintenir la circulation routière et ferroviaire sans enregistrer de pertes humaines ni matérielles.

Il explique que la principale difficulté de la ville réside dans l’absence d’un canal d’évacuation des eaux pluviales au niveau des bassins de rétention, ainsi que dans la topographie relativement plate de Berrechid, qui limite l’écoulement naturel des eaux.

Enfin, il indique que plusieurs projets sont en cours de lancement: réhabilitation du réseau d’assainissement, modernisation des stations d’épuration et construction de nouveaux canaux pour les eaux pluviales et industrielles, afin de réduire progressivement l’impact de ce problème structurel.

Par Fatima Zahra El Aouni et Said Bouchrit
Le 13/02/2026 à 14h39