Dans la capitale spirituelle du Royaume, les ateliers de dinanderie continuent de faire vibrer les ruelles et les souks de la médina. Au rythme du marteau qui façonne le cuivre, les artisans perpétuent des gestes transmis de génération en génération. Malgré les profondes mutations que connaît aujourd’hui le secteur de l’artisanat, cet art ancestral conserve toute son authenticité et demeure l’un des symboles vivants du patrimoine de Fès.
Reconnaissables à leurs motifs décoratifs et à leur esthétique traditionnelle, les pièces en cuivre témoignent du talent et de la créativité des artisans. À la fois utilitaires et ornementales, elles illustrent la richesse d’un savoir-faire qui fait partie intégrante de l’identité culturelle de la ville.
Anas Khardal, artisan spécialisé dans la dinanderie et fort de près de 25 ans d’expérience, raconte que sa passion pour ce métier est née dès son plus jeune âge.
Il explique avoir découvert les bases de cet artisanat dans l’atelier de son père, où il a appris les premières techniques et commencé à percer les secrets de ce savoir-faire traditionnel. Il affirme avoir également bénéficié de l’expérience d’autres artisans, dont les conseils et les pratiques lui ont permis de perfectionner progressivement ses compétences.
Au fil des années, l’accumulation de l’expérience a renforcé sa maîtrise des différentes techniques, notamment celle de la gravure sur cuivre.
Cette étape, considérée comme l’une des plus délicates du processus de fabrication, souligne Anas Khardal, nécessite l’utilisation d’outils traditionnels ainsi qu’une grande concentration afin de réaliser les motifs et les ornements qui caractérisent les pièces artisanales.
La fabrication d’un objet en cuivre suit par ailleurs plusieurs étapes, ajoute-t-il. Elle commence par la mise en forme des plaques de cuivre, qui sont martelées afin d’obtenir la forme souhaitée.
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Une fois cette première phase achevée, l’artisan passe à l’étape de la gravure et de la décoration. C’est à ce moment que les motifs traditionnels sont dessinés et sculptés dans la surface du métal.
Cette phase exige un travail particulièrement précis, car chaque détail contribue à l’esthétique finale de la pièce. Les artisans utilisent pour cela des outils traditionnels adaptés aux différentes techniques de gravure. La dernière étape consiste à polir l’objet afin de lui donner son éclat final.
Notre interlocuteur a également relevé que la filière des cuivres artisanaux fait face à plusieurs difficultés, dont essentiellement la hausse importante du prix de la matière première.
Anas Khardal évoque ainsi une augmentation qu’il qualifie de «fulgurante» des prix du cuivre à Fès, notant que cette situation pèse lourdement sur l’activité des professionnels du secteur.
Selon lui, le prix du cuivre jaune avoisine aujourd’hui les 170 dirhams le kilogramme, tandis que celui du cuivre rouge dépasse les 200 dirhams le kilogramme.
Appel à préserver un patrimoine artisanal
Ces prix sont pratiqués aussi bien dans la médina de Fès que dans le quartier artisanal des Seffarine à Aïn Nokbi, ce qui réduit considérablement les marges des artisans.
Un autre défi majeur, selon cet artisan, réside dans le manque d’intérêt des jeunes pour ce métier. «De moins en moins d’apprentis se dirigent vers cette profession, ce qui entraîne une diminution progressive du nombre d’artisans spécialisés», déplore-t-il.
Face à ces difficultés, Anas Khardal exprime son inquiétude quant à l’avenir de ce savoir-faire. Selon lui, la raréfaction des artisans constitue une menace réelle pour la pérennité de ce métier traditionnel.
L’artisan appelle ainsi les autorités concernées à accorder davantage d’attention au secteur du cuivre artisanal et à soutenir les professionnels qui y travaillent.
Il plaide notamment pour la mise en place de mesures visant à préserver le caractère manuel de cette activité, tout en limitant le recours excessif à la mécanisation, susceptible d’altérer l’authenticité de ce métier. Pour lui, la sauvegarde de cet héritage passe avant tout par la transmission des techniques traditionnelles aux générations futures.








