Allo Docteur! (EP15). Ramadan et fast-food: quand le ftour des jeunes menace leur santé

Le docteur Karim Ouali, nutritionniste et spécialiste en médecine intégrative. (K.Sabbar/Le360).

Le 18/03/2026 à 15h52

VidéoPendant le Ramadan, le ftour se transforme souvent, chez certains adolescents marocains, en repas rapide à base de fast-food. Pour le Dr Karim Ouali, nutritionniste et spécialiste en médecine intégrative, cette tendance présente de réels risques pour la santé et le développement des enfants, notamment sur les plans hormonal et métabolique.

Au Maroc, chaque Ramadan, une partie des jeunes se tourne vers des repas rapides pour le ftour, privilégiant burgers, poulet frit et autres produits ultra-transformés. Si ce choix peut sembler pratique après une journée de jeûne, les spécialistes alertent sur les risques liés à une consommation régulière de ces aliments, pauvres en valeur nutritive.

«Il faut distinguer ce qu’on appelle la street food (la cuisine de rue) de ce qu’on nomme la junk food», explique le Dr Karim Ouali. Il ajoute: «La street food traditionnelle peut être saine si elle utilise des ingrédients naturels. Dans le passé, nos repas de ftour comprenaient des sandwichs à base de lentilles, de sardines, de viande ou de légumes frais. Ces plats étaient nutritifs et sains.»

Le médecin souligne qu’à l’inverse, les aliments de type junk food contiennent très peu de nutriments utiles. «Ils sont dépourvus de vitamines et de minéraux essentiels et n’apportent que ce que l’on appelle des “calories vides”: beaucoup d’énergie, mais aucune substance bénéfique pour l’organisme.»

Au-delà du déficit nutritionnel, la consommation de fast-food lors du ftour peut avoir des conséquences plus insidieuses. «Le plus dangereux, ce sont les additifs chimiques utilisés pour améliorer l’apparence et le goût des aliments», explique-t-il. On y trouve souvent un excès de sodium, de sucre ou de colorants artificiels, conçus pour séduire les jeunes et les inciter à manger davantage.

Selon le spécialiste, ces produits peuvent perturber le développement hormonal des enfants et des adolescents. «Nous constatons parfois que certains jeunes présentent une maturation physique précoce, en particulier chez les garçons. Ces déséquilibres peuvent être liés à une consommation régulière de produits ultra-transformés, même pendant le Ramadan.»

Face à cette tendance, il insiste sur la responsabilité des parents: «Ils doivent essayer de limiter ce type d’aliments pendant le ftour. Il est possible de proposer des alternatives saines qui restent attrayantes pour les jeunes. Par exemple, au lieu d’un burger industriel, on peut préparer un sandwich avec du pain complet, du fromage de qualité, des légumes frais comme la tomate et la laitue, et une portion de viande ou de galette maison.»

L’attrait trompeur du goût et des couleurs

L’idée n’est pas d’interdire complètement le plaisir, mais de permettre aux enfants de se régaler tout en respectant leur santé. «Il faut apprendre aux enfants à distinguer ce qui est bon pour leur corps de ce qui ne l’est pas. Les aliments de type junk food n’apportent rien de bénéfique et ne doivent pas remplacer les repas de ftour équilibrés.»

La fast-food séduit particulièrement pendant le Ramadan en raison de son apparence et de son goût. «Ces produits sont conçus pour être visuellement et gustativement attractifs. Les couleurs vives, les textures croustillantes et les saveurs sucrées ou salées créent une illusion de plaisir. Mais il ne faut pas s’y tromper: tout cela est artificiel et potentiellement nocif», précise le médecin.

Cette stimulation sensorielle, combinée à la facilité d’accès, explique pourquoi les adolescents s’y tournent pour rompre le jeûne, souvent au détriment d’un repas plus nutritif.

Les effets à long terme ne se limitent pas à la prise de poids. Ils peuvent affecter le développement hormonal, la santé cardiovasculaire et le risque de maladies chroniques dès l’âge adulte. «Aujourd’hui, nous observons des enfants avec des profils métaboliques qui, il y a vingt ans, étaient réservés aux adultes. L’obésité, le diabète de type 2 et les troubles hormonaux apparaissent plus tôt et le Ramadan n’échappe pas à cette tendance lorsque le ftour repose sur de la fast-food.»

Pour contrer cela, il est essentiel de sensibiliser les jeunes et de proposer des alternatives équilibrées. «Pendant le Ramadan, le ftour peut être festif et nourrissant à la fois, insiste le spécialiste. Un sandwich maison, des soupes traditionnelles, des légumes frais et une portion de protéines peuvent remplacer avantageusement les produits ultra-transformés.»

Le nutritionniste rappelle que le but n’est pas de supprimer le plaisir des repas mais de préserver la santé des enfants. «On peut rendre les repas rapides, attractifs et sains: pain complet, légumes frais, viande ou galette maison, fromage de qualité. L’important est de revenir à des aliments que le corps peut réellement utiliser pour se développer et rester en bonne santé, surtout pendant le Ramadan.»

Par Hafida Ouajmane et Khadija Sabbar
Le 18/03/2026 à 15h52