Les intermédiaires du marché des moutons semblent avoir repris leurs activités avec vigueur après l’annulation du rituel du sacrifice l’an dernier. Animés par un désir de revanche économique, certains d’entre eux auraient lancé des stratégies frauduleuses visant à propager des rumeurs sur une flambée des prix des bêtes destinées à l’Aïd, dans l’objectif de générer des profits jugés abusifs au détriment des citoyens, indique le quotidien Assabah dans son édition du weekend du 28 et 29 mars.
Plusieurs acteurs, parmi lesquels des intermédiaires, de grands éleveurs et des opportunistes spécialisés dans les périodes de crise, auraient mis en place un dispositif bien rodé pour manipuler les prix. Ce plan reposerait notamment sur le recours à des créateurs de contenu, des influenceurs et des administrateurs de pages sur les réseaux sociaux, chargés de diffuser l’idée d’une hausse généralisée des tarifs.
Certains de ces acteurs iraient jusqu’à financer des vidéastes en ligne et de prétendus journalistes afin de produire des contenus présentés comme des reportages de terrain, écrit Assabah. Ces vidéos, souvent tournées dans des marchés hebdomadaires ou au sein de grandes exploitations agricoles, contribuent à installer l’idée d’un marché devenu inaccessible, où un budget de 2.500 à 3.000 dirhams ne suffirait plus pour acquérir un mouton de qualité.
Dans ce contexte, une stratégie bien orchestrée se dessine. Des vidéos mises en scène montrent des individus jouant tour à tour le rôle d’éleveur, de client ou de journaliste, dans le but de crédibiliser des prix élevés présentés comme étant ceux du marché. En réalité, certains grands opérateurs, étrangers au monde des petits éleveurs, achèteraient massivement les bêtes en amont pour les engraisser avant de les revendre à des tarifs fortement majorés, profitant d’une situation de quasi-monopole et de la fragilité des petits agriculteurs, alerte Assabah.
Sur les réseaux sociaux, cette mise en scène prend parfois des allures de série, où les acteurs de la spéculation se présentent comme des éleveurs victimes de la hausse des coûts de l’alimentation animale. Parallèlement, des créateurs de contenu simulent des négociations avec ces vendeurs, renforçant l’idée d’une hausse inévitable des prix.
Pourtant, les autorités publiques, à travers le ministère de l’Agriculture, ont mis en place des aides financières destinées à soutenir les éleveurs et à reconstituer le cheptel national. De plus, les conditions climatiques se sont améliorées après plusieurs années de sécheresse. Malgré cela, certains opérateurs continuent de justifier la hausse des prix par l’augmentation des coûts de l’alimentation animale, la hausse des carburants et les répercussions de tensions internationales sur les matières premières.
Les réseaux sociaux, notamment Facebook, sont ainsi devenus un terrain privilégié pour influencer l’opinion publique et orienter les prix. Des vidéos y circulent, mettant en avant une prétendue entente entre vendeurs pour fixer des tarifs élevés, avec des moutons proposés à partir de 4.000 dirhams et pouvant atteindre 8.500 dirhams ou plus, selon la qualité et la race.
Cette stratégie s’appuie également sur un levier psychologique: alimenter la peur d’une hausse imminente afin d’inciter les consommateurs à acheter rapidement. Une partie de la clientèle aisée se précipite alors sur le marché, contribuant à faire grimper les prix. Au final, ces pratiques permettraient à certains acteurs de réaliser des bénéfices importants, au détriment du pouvoir d’achat des ménages.




