Le fabuleux destin africain du Maroc

Le360

Le roi Mohammed VI poursuit inlassablement sa tournée africaine, étendant l’influence du royaume au-delà de l’Afrique de l’Ouest, ou encore de l’Afrique centrale, pour englober désormais l’Afrique de l’Est. Enjeux.

Le 20/11/2016 à 09h02

On disait que Hassan 1er (1873-1894) avait placé son trône sur la selle de son cheval. Le roi Mohammed VI, arrière petit-fils du grand sultan alaouite, a quant à lui placé son trône sur les ailes d’un avion. Un goût immodéré du mouvement et de l’action porté par une vision, celle d’un roi stratège et pragmatique. La projection africaine du Maroc participe à la fois de cette vision et de cette action, elle atteste de la pertinence du pari engagé par le souverain sur l’Afrique, berceau de l’Humanité et «marché» de l’avenir. Une projection de puissance qui s’étend au-delà de l’Afrique de l’Ouest, -«prolongement naturel et profondeur stratégique» du royaume-, ou encore de l’Afrique centrale, traditionnellement considérée comme «zone de confort» pour le Maroc, pour englober désormais l’Afrique de l’Est, région géographiquement éloignée, économiquement peu exploitée et politiquement peu connue.

Mohammed VI, après avoir réuni une soixantaine de chefs d’Etat et de gouvernements à Marrakech, à l’occasion d’un événement planétaire dédié au climat et spécialement à l’Afrique (COP22), s’est rendu en Ethiopie et à Madagascar, deux premières escales de la deuxième étape d’une tournée africaine qui conduira le souverain dans d'autres pays d’Afrique de l’Est jusqu’ici inexplorés, notamment le Kenya.

Parlons de l’Ethiopie, dixième pays d’Afrique par sa superficie et l’un des pays anglophones les plus prometteurs en termes de croissance économique. Adis Abeba a accueilli, hier samedi, le plus important investissement marocain qui ait jamais été porté en dehors du royaume. Le gouvernement éthiopien et l’Office chérifien des phosphates (OCP) ont en effet signé, lors d’une cérémonie présidée par le roi Mohammed VI, un accord de construction d’une plateforme industrielle de production d’engrais agricoles, un investissement de 3,7 milliards de dollars qui devrait permettre à l’Ethiopie de devenir autosuffisante dès 2025.

Est-il besoin d’énumérer les retombées économiques de ce méga-projet pour le Maroc et pour l'Ethiopie qui va pouvoir pour une fois, assurer la sécurité alimentaire de son peuple, couvrir les besoins en engrais d’autres pays d’Afrique de l’Est, voire au-delà? Ce n'est pourtant qu'une preuve, parmi tant d'autres, de l’engagement concret et résolu du royaume en faveur de l’Afrique, qui, à contrario de la rhétorique de circonstance ambiante, a opté délibérément pour le transfert de technologies et de savoir-faire au profit de pays africains souvent considérés comme «gisement d'affaires» ni plus ni moins.

Parlons direct, parlons utile. Le retour annoncé du Maroc au sein de l’Union africaine offre à l’Afrique une opportunité en or pour reprendre son destin en mains. Les dirigeants et les peuples africains le savent et ne font aucun mystère de leur enthousiasme pour la réintégration du royaume au sein de cette instance panafricaine. Un sursaut africain porté par une conscience accrue du rôle stratégique joué par le royaume pour aider l’Afrique à se réapproprier son destin, croire en elle-même, en dehors de toute tutelle néo-coloniale, ou de visées hégémoniques régionales ayant jusqu’ici fait de l’UA un instrument de division, une rampe de lancement de manoeuvres insidieuses pour tenter de porter atteinte à l’intégrité territoriale d’un «pays voisin et frère», en l’occurence le Maroc.

Faut-il rappeler que ces manoeuvres indignes de la communauté d’histoire et de destin ont été à l’origine du départ, il y a 32 ans, du Maroc de l’organisation panafricaine? Beaucoup d’eau a coulé sous les ponts et pourtant… «jamais l’Afrique n’a été autant au coeur de la politique étrangère et de l’action internationale du Maroc».

Plus de trois décennies après, le Maroc de Mohammed VI, conscient du fait que «les absents ont tort» et que «le mal se guérit forcément de l’intérieur», prépare un retour en force au sein de l'UA, fort de la justesse de sa première cause nationale mais aussi de son statut de première puissance économique continentale. Premier investisseur en Afrique de l’Ouest, il est aussi en passe de devenir le premier investisseur dans l'Afrique tout entière, après que ce titre a été trusté par la première puissance économique mondiale, la République populaire de Chine. La plateforme industrielle de production d’engrais qui vient d’être lancée en Ethiopie, pays qui faut-il le préciser reconnaissait la «RASD», promet d’inverser la donne politico-économique à l’avantage du royaume. Et c’est tout à l’honneur de Mohammed VI l’Africain.

Par Ziad Alami
Le 20/11/2016 à 09h02