Dans un climat politique tendu par l’imminence des législatives d’octobre 2026, la présidente de la Cour des comptes, Zineb El Adaoui, a tracé une ligne rouge nette entre le contrôle constitutionnel et sa dérive à des fins de campagne électorale. Elle a mis en garde contre la transformation des rapports financiers en instruments de surenchère politique ou de diffamation, réaffirmant que l’audit et le contrôle des finances publiques ne sauraient servir de carburant électoral. Ils constituent avant tout, a-t-elle insisté, des mécanismes de correction des dysfonctionnements et de protection du patrimoine public, rapporte Al Ahdath Al Maghribia de ce jeudi 5 février,.
Présentant le bilan de l’institution devant les membres de la chambre des représentants, Zineb El Adaoui a révélé que la réactivité des administrations et des communes aux observations de la Cour a généré un impact financier de 629 millions de dirhams, sans recours aux procédures disciplinaires ou contentieuses. Cette somme, récupérée via le recouvrement de dettes, la rectification des assiettes fiscales ou la restitution de perceptions indues, démontre, selon elle, que le contrôle financier produit des efficiences substantielles en dehors de toute logique punitive.
La majorité des anomalies constatées, a-t-elle précisé, ne relèvent pas de la corruption au sens pénal, mais de faiblesses organisationnelles, de lacunes en contrôle interne ou d’erreurs d’application des textes. S’agissant des affaires impliquant des responsables publics, y compris des élus, la présidente a indiqué que le parquet près les tribunaux financiers a reçu 111 demandes d’ouverture d’enquête entre janvier 2024 et septembre 2025, dont 75 % émanaient des juridictions financières elles-mêmes, et seulement 25 % des pouvoirs publics.
Zineb El Adaoui a rappelé qu’au regard du nombre d’entités contrôlées et du volume des crédits publics annuels, le déclenchement d’une procédure disciplinaire financière demeure l’exception. Les affaires à caractère criminel, souvent brandies électoralement comme des «dossiers de corruption», restent très marginales: entre 2021 et 2025, seuls 35 dossiers ont été transmis au ministère public. Pour les années 2024-2025, les renvois pénaux n’ont concerné que 13 communes, 6 organismes publics et une seule association.
Sur 3 452 plaintes reçues par les tribunaux financiers durant cette période, seules 16% ont donné lieu à des missions de contrôle, et 1 % à un défèrement pénal. Au niveau disciplinaire, 130 dossiers sur 412 déférés ont fait l’objet de décisions, permettant la récupération de 5,9 millions de dirhams sous forme d’amendes et de reversements, écrit Al Ahdath Al Maghribia.
À travers cet exposé chiffré et mesuré, la première magistrate des finances publiques a ainsi cherché à préserver l’institution constitutionnelle de toute exploitation politicienne, recentrant le débat sur sa mission fondamentale: le contrôle au service de la bonne gestion et de la protection des deniers de la nation.







